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Publié le 29/04/2010 N°1962 Le Point

« Je fais sauter le couvercle »

Charge. Claude Allègre repart à l'offensive.

Propos recueillis par Emilie Lanez et Fabien Roland-Lévy



Le Point : Que vous inspire la pétition lancée contre vous par treize climatologues français ?

Claude Allègre : Elle me navre. Tout ce qui est excessif est insignifiant ! Comment des scientifiques peuvent-ils demander l'arbitrage du pouvoir politique pour trancher un différend scientifique ? Comment peuvent-ils réclamer que les livres soient soumis à leur censure préalable ? Nous ne sommes plus au XVIIe siècle, que diable ! La raison de cette réaction est simple : cette communauté a peur ! Elle a vécu pendant dix ans dans un cocon superfinancé, choyé par l'Onu et les politiques avec une certitude affirmée : il y a un réchauffement climatique causé par l'homme et ses dégagements de CO2. Il n'y avait qu'à répéter inlassablement le message, toujours le même. Cette communauté, de petite taille au début, a grossi et, petit à petit, elle a contrôlé les revues internationales établies et fait répéter un consensus dûment validé par l'Onu. Le succès politique et médiatique a été incontestable. Mais, depuis six mois, tout se fracture. Depuis dix ans, le réchauffement s'est évanoui. La température du globe se stabilise et décroît légèrement, les hivers dans l'hémisphère Nord sont de plus en plus froids, provoquant l'interrogation du citoyen de bon sens sur la réalité du réchauffement. La situation réelle ne correspond pas aux prédictions des modèles. Il faudra bien admettre un jour que ces modèles informatiques, coeur de toute l'entreprise, doivent être reconsidérés (ce que quelques ténors du Giec font déjà, le premier étant Mojib Latif). Des chercheurs avancent d'autres hypothèses, plus naturelles, pour expliquer le changement climatique. Les facteurs importants seraient non le CO2, mais le Soleil, les instabilités océaniques, les nuages, etc. Il faudra bien un jour examiner leurs thèses et leurs arguments sans ostracisme. Dans le même temps, la fameuse courbe en crosse de hockey qui montrait un parallélisme entre les élévations de température et de CO2 s'avère être le résultat d'une erreur de traitement statistique. On réalise aussi que la température actuelle n'est pas exceptionnellement chaude, mais que bien des épisodes dans l'histoire humaine et géologique ont été plus chauds, alors que l'homme ne dégageait pas de CO2. Alors, faudra-t-il avouer qu'on s'est trompé ? Les changements climatiques ne sont niés par personne, c'est leur cause qui est en débat. Le CO2 de l'atmosphère augmente, c'est indéniable. Cette augmentation n'est pas souhaitable, car elle acidifie l'océan. Mais quel est son rôle sur le climat aux faibles teneurs actuelles ? Mais, comble de malheur pour les tenants des « climatiquement corrects », les scientifiques qui contestent le scénario officiel s'expriment : des revues publient (enfin !) leurs articles, ils écrivent des livres. Et comme les citoyens ne sont pas idiots, ils se font eux-mêmes leur opinion. D'où cette réaction archaïque pour éviter que les citoyens ne s'informent : interdisons à certains de s'exprimer ! Lyssenko avait obtenu la même chose de Staline ! Eh bien, cette ambiance de monopole protégé, c'est terminé ! Et les auteurs de la pétition le savent fort bien. Le petit nid douillet et confortable intellectuellement et financièrement va être soumis aux vents du large. Ceux de la science libre ! Je les énerve parce que je parle, j'écris, et que les gens achètent mes livres. Je fais partie de ceux (car je ne suis pas seul) qui font sauter le couvercle. La confrontation apparaît violente, car elle a été pendant longtemps étouffée en France, alors qu'elle se développait en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis depuis quelques mois déjà. Les temps vont devenir difficiles pour les dévots du global warming ! Il faudra qu'ils affrontent la contradiction et ils n'y sont pas habitués.

Si vos travaux sur le réchauffement climatique sont si probants, pourquoi ne les publiez-vous pas dans des revues à comité de lecture scientifique ?

Personnellement, je ne poursuis pas à proprement parler des travaux scientifiques sur le sujet (enfin, pas pour l'instant) et je n'ai donc pas à écrire dans des revues spécialisées. J'émets des doutes sur la théorie officielle, sur les méthodes mathématiques employées, sur la stratégie scientifique - l'utilisation abusive des modèles informatiques -, sur l'absence d'arguments d'observation dirimants pour appuyer la thèse officielle, mais, plus encore, je combats les méthodes utilisées pour imposer un consensus forcé, ce qui pour moi est synonyme d'antiscientifique. Pour cela, j'ai écrit un livre, sous forme de dialogue, et qui donc n'a rien à voir avec une publication scientifique, ni dans l'expression, ni dans l'illustration, ni même dans l'esprit. Le titre est volontairement provocateur pour accélérer l'ouverture du débat, et tout porte à croire que l'opération a réussi. D'autres ont fait de même et les livres de la même tonalité se multiplient. Certains de mes collègues comme Vincent Courtillot et Jean-Louis Le Mouël, qui défendent un point de vue qui n'est pas tout à fait le mien, publient, eux, dans les revues scientifiques (après bien des tentatives des climatologues officiels pour les en empêcher !) et leurs travaux donnant au Soleil le rôle majeur intéressent de plus en plus de scientifiques. Bref, le débat libre s'engage. Une précision utile : les remarques qui ont pu être faites sur telle et telle scorie de mon livre ne touchent en rien son essence. Ce sont des scories qui, une fois corrigées, n'ont provoqué aucun changement du texte écrit ! Leur stigmatisation était destinée à focaliser l'attention sur les détails en évitant l'essentiel ! Les centaines de scientifiques qui m'écrivent pour me dire qu'ils ont aimé le livre, et parmi eux des gens très prestigieux, ne s'y sont pas laissé prendre. J'ai découragé ceux qui voulaient faire une contre-pétition pour deux raisons. 1. La science ne se juge pas au nombre de divisions ! Ce n'est pas une statistique d'opinions. La science, ce sont des arguments, des raisonnements, des observations. 2. Même si cette pétition dirigée contre moi est un peu pénible, elle va sombrer dans l'oubli, car elle est indigne. Il n'est pas nécessaire de relancer sous forme polémique un processus qui ne peut que fracturer la communauté scientifique et isoler les climatologues, qui doivent au contraire être encouragés à s'ouvrir vers d'autres disciplines et accepter le débat libre. Ce que je réaffirme, c'est une conviction scientifique profonde, à savoir que la mathématisation d'un phénomène qui n'est pas compris ne donnera jamais de résultat. La mathématisation de l'ignorance ne conduit jamais à la connaissance ! C'est ce que l'on s'obstine à faire dans les sciences du climat, qui devront, comme l'économie l'a fait il y a dix ans, se guérir de la fièvre des mathématiques aveugles. Les mathématiques et la modélisation quantitatives ne sont pas en cause, mais, dans les sciences de la nature, où il y a des milliers de causes apparentes, où les relations entre les éléments sont très complexes, les lois sont fortement non linéaires. Il est préférable de modéliser des éléments partiels (je l'ai fait moi-même dans les divers cas auxquels je me suis intéressé en géosciences) plutôt que le système global. Personne n'a cherché à modéliser mathématiquement le corps humain pour prévoir les maladies, personne n'a jamais essayé de faire une modélisation globale du cerveau. Pourtant, les modèles mathématiques partiels sur le rythme cardiaque ou la propagation de l'influx nerveux constituent des apports scientifiques fondamentaux. C'est un domaine que je connais bien, ayant passé ma vie à obtenir et étudier des données quantitatives et à modéliser des portions des systèmes naturels.

Vous dites vous-même que « L'imposture climati-que » est un livre politique. Le réchauffement de la planète est donc un sujet politique ?

Oui, en effet, c'est un livre politique, comme le Giec lui-même est un organisme politique. La question qui est abordée dans ce livre - dont il ne faut pas oublier le sous-titre, « ou la fausse écologie » - , c'est celui de la définition des priorités en politique, du lobbying organisé dans la mondialisation et les organismes internationaux, du catastrophisme en politique, du carbo-business, etc. Pour poser les questions de manière crue, est-il plus urgent de se préoccuper de la faim dans le monde (un enfant meurt de faim toutes les six secondes), des ressources en eau (10 000 personnes meurent par jour par manque d'eau potable) ou du chômage (25 millions de personnes sans emploi rien qu'en Europe), ou faut-il se réunir à Copenhague avec 120 chefs d'Etat pour se préoccuper du climat dans un siècle et dépenser pour cela un demi-milliard d'euros ? Pourtant, aucun chef d'Etat (sauf Berlusconi) n'a assisté au sommet de la FAO à Rome, ni au sommet de l'eau à Ankara. Est-ce le rôle de l'Occident, qui a pillé sans vergogne la planète au cours des siècles et parfois loin de ses territoires, de contrôler le développement de la Chine, de l'Inde ou du Brésil ? Bien sûr, le développement de ces pays va poser des problèmes à la planète en termes de réserves de matières premières, de sources d'énergie (et donc de leur prix) et de pollution de l'atmosphère et de l'océan. Est-ce pour autant le rôle de l'Occident de décider le rythme et la forme de ce développement ? Ne vaut-il pas mieux tenter de trouver des solutions innovantes pour tous qui permettent d'éviter les désastres sans gêner leur développement ? Faut-il continuer à enrichir des spéculateurs avec le carbo-business sans aucun effet positif ? D'une manière plus globale, la question posée est de savoir si l'écologie doit déboucher sur la décroissance, l'abandon des technologies modernes, et donc s'appuyer sur la peur, ou s'il faut inventer une nouvelle écologie consciente des nécessités de renégocier avec la nature un nouveau contrat naturel, mais en s'appuyant sur l'innovation, le progrès, le savoir et en préparant l'accueil des 2 milliards de nouveaux Terriens qui arriveront sur la Terre avant 2050. Le pari d'une écologie positive n'est ni facile ni gagné, c'est pourquoi il faut y consacrer toute notre énergie ! Le problème du contrôle du CO2 et des économies des sources d'énergie doit être résolu dans cet esprit. Autonomie énergétique des bâtiments (à terme, économie de 4 % de l'énergie), développement du nucléaire de quatrième génération, capture et séquestration du CO2 des centrales thermiques, énergies distribuées, voitures électriques pour les villes. Voilà un programme qui tourne le dos au catastrophisme ambiant. Je compte y consacrer toute mon énergie.