Laurel Zuckerman - Sorbonne confidential
Date de la note : 6 juin 2007
Une jeune femme, HEC, d'origine américaine, tente de passer l'agrégation
d'anglais pour pouvoir enseigner cette langue.
Ce sera un véritable choc des cultures pour elle et une découverte,
pour
beaucoup d'entre
nous, de ce qu'est vraiment l'agrégation.
Il serait tentant de voir avant tout le caractère ubuesque des démarches de notre
candidate. Ils sont, hélàs, trop réels : formalisme, arrogance administrative,
inefficacité du processus. Et à cela s'ajoute une pauvreté de moyens que connaît
l'enseignement supérieur en France, sous la coupe d'une autorité, aujourd'hui
encore, contrôlée par des syndicats issus du secondaire. Sans oublier l'ostracisme
envers les candidats d'origine anglophone.
Mais il me semble qu'il faut surtout y voir un véritable choc de cultures.
D'un
côté une logique de l'efficacité orientée vers un
et
un seul objectif : produire les meilleurs enseignants de la discipline. D'un
autre
cette
nostalgie de la culture
sans application, gratuite, conduisant éventuellement à un usage
social mais
d'abord orientée vers un perfectionnement individuel. Et d'ailleurs,
le mot
culture lui même n'a pas la même signification dans ces deux acceptions.
J'ai pour ma part une grande indulgence pour cette fonction supérieure
de l'enseignement,
qui n'est pas seulement de fabriquer des machines efficaces à enseigner
ou à
produire. Ce serait renoncer à ce qui fait notre identité que de
la rejeter sans appel. Et d'ailleurs LZ ne le fait pas, en exprimant parfois
son
admiration pour
certains professeurs qui ont su, sur sa propre littérature, lui ouvrir
des portes
nouvelles.
Notons au passage que faire HEC (et ce n'est pas propre à cette école)
n'est
en
rien
un
certificat
d'intégration, puisqu'il n'évite pas à notre auteur la surprise
devant ce monde
universitaire. Ce qui d'ailleurs confirme l'écart des objectifs entre
université
et écoles et justifie encore plus leur séparation.
Notons aussi que l'agrégation actuelle, comme diplôme orienté vers
l'enseignement, est une probable aberration ; en effet, il doit exister des voies
plus efficaces
pour
préparer des enseignants. Au fond, ce livre ne dit rien d'autre.
Editions Fayard (2007) - 333 pages