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Yan Lianke - Bons baisers de Lénine




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Yan Lianke - Bons baisers de Lénine

livres-et-lectures.net - Date de la note : 13 janvier 2009

L'auteur, un homme truculent qui se veut absolument libre, nous fait vivre, sans tolérance, les tribulations d'un village chinois et de deux citoyens "exemplaires" face au communisme local. C'est explosif, iconoclaste à souhait et toujours jubilatoire.

Le chef de district,Liu Yingque, potentat régional.

Conscient de ses hautes responsabilités de développeur de sa région, décide d'acheter la momie de Lénine (sic) pour en faire le clou du tourisme local. Il va trouver les ressources nécessaires en montant une, puis deux troupes de cirque avec les habitants (tous éclopés) du village. Mais, de la coupe aux lèvres, les chemins peuvent s'égarer !
Ce personnage, d'origine simple, mais ambitieux et sans illusion, sait à merveille (jusqu'à un certain point cependant) jouer de son charisme, de sa parole... et de son cynisme. Ses acrobaties dans les arcanes du parti réjouissent le coeur... Il est en fait un tyran, profiteur, fou de lui-même qui dépassera ses limites de compétence.

Mao Zhi, la croyante.

Un autre personnage touchant est celui de la grand-mère, Mao Zhi, jeune pionnière qui a cru aux lendemains qui chantent et s'est engagée dans tous les actes de dévotion réclamés par la foi nouvelle. Elle en retire frustration, désillusion et blessure. Comme chef du village des éclopés, position gagnée par son passé glorieux, elle cherchera par tous les moyens d'abord à faire participer son village à la triomphale épopée communiste, pour ensuite, déçue à en revêtir son habit de tombe, l'extraire de ce broyeur.

Au coeur de la Chine agricole.

La force de ce roman, c'est d'abord le voyage passionnant dans la vie quotidienne d'un village chinois. On vit, on rit, on chante, on souffre avec eux.On appréciera aussi cette truculence, ce côté direct, gai, qui préside apparemment à une intrigue qui a en effet cette forme, mais dont le fond est effroyablement sombre. Il y faut cette part d'invraisemblance, d'excès, pour ne pas virer à un pessimisme irrémédiable.

Faut-il jeter le bébé avec l'eau du bain ?

Mais il a aussi une faiblesse à mes yeux. YL crache dans la soupe. La Chine s'était effondrée sur elle-même et aujourd'hui, grâce à son travail, elle sort de sa misère. A qui le doit-on ? A nous, occidentaux, en partie, qui lui achetons les produits de ce travail (elle n'a pas encore de marché intérieur), mais surtout à ce régime qui combine une absence de liberté politique, certes, à une grande liberté d' entreprendre. Peut-on, comme le fait YL, jeter ensemble le passé certes dramatique du communisme maoïste et sa forme nouvelle qui permet à cette renaissance d'advenir ? Cette confusion me parait excessive et explique la condamnation des autorités chinoises dont souffre YL. Il est vrai qu'il est plus facile de dire cela quand on n'est pas chinois.

C'est quand même un grand livre, bien écrit (et traduit), d'un humour décapant, qui nous divertit et, en même temps, nous fait mieux comprendre un monde d'accès difficile. Bravo.

4

Philippe Picquier(2009) - 560 pages