Fabienne Verdier - Passagère du silence
Date de la note : 18 décembre 2006
Ni
vous, ni moi ne saurons probablement jamais ce qui au-delà
de nos sens et de notre intelligence nous parle encore d'une
voix diffuse, lointaine. Pourquoi nous
enchante telle phrase musicale, pourquoi
nous émeut telle peinture, pourquoi, en un mot,
le beau est beau. FV n'a pas voulu rester
sur cette interrogation, au fond banale mais essentielle. Elle a consacré
10 ans de sa vie à tenter d'en savoir un peu plus, au
risque d'y laisser sa peau et surtout de laisser fermé
tout un pan du possible. Un choix, un vrai, qu'elle
nous raconte ici.
Cette autobiographie est un roman de formation, l'histoire
d'une initiation à la beauté, au travers de la calligraphie. Et, tel un hologramme,
ce tout petit secteur du
monde de l'art graphique ouvre la porte de la beauté,
de toute la beauté du monde. Comme une pièce de
l'Orgelbüchlein de JS Bach contient toute
la musique
du monde. Encore fallait-il la volonté acharnée
de FV pour parcourir le chemin qu'elle a suivi. Comment
savait-elle qu'en s'engageant dans le tunnel en zigzag
de sa formation, elle trouverait au bout une issue et
que cette issue valait l'effort accompli ? Utilisons un mot qui
n'a plus cours : une vocation.
Car,
ce que ce livre raconte est inouï. Quand,
jeune
diplômée des beaux-arts elle réussi à débarquer en Chine
dans les années 80 pour y étudier la calligraphie, rien
n'est simple : la vie matérielle est sordide, la
révolution culturelle (la mal nommée) a détruit, souvent
physiquement, tout ce qui avait trait aux arts traditionnels. Les maîtres survivants
sont
vieux, isolés, sans élèves, méprisés, misérables. FV décide
de les retrouver et de leur demander de la prendre pour élève. Elle
en trouvera un, admirable, qui pendant 10 ans,
dans des conditions très difficiles, réussira à lui
transmettre ce savoir en train de s'évanouir. Le miracle
aura lieu et elle deviendra à son
tour un maître de la calligraphie, reconnue comme un
des
leurs par les vieux maîtres. Ce parcours exceptionnel est émouvant. C'est aussi
une merveilleuse
leçon d'optimisme. FV, vous êtes quelqu'un !
Le décor est celui de la Chine, en
prise à
son idéologie des années 80, percluse de vérités qui
ne s'expriment bien qu'au travers de la langue de bois.
Tout cela change, enfin, un peu de nos jours. N'oublions pas
qu'à l'époque la Chine était avec le Zaïre, le pays
le plus pauvre du monde et le serait encore sans la mondialisation qui lui a
permis de vendre ses produits.
Espérons
que, en parallèle avec cette richesse nouvelle, encore bien relative, elle saura
renouer
le
lien
avec
ce qui fait l'originalité de sa civilisation.
FV est aujourd'hui un peintre important et
original.
On
peut
penser
qu'elle
n'écrira
pas
d'autre roman. On ne vit pas deux fois un tel destin. Le reste
s'exprime à travers l'art du maître, comme par exemple le livre
superbe, "L'Unique Trait de pinceau", publié en 2001.
Alors, précipitez-vous pour lire "La passagère du silence". C'est un
moment de grand bonheur.
Editions Livre de Poche (2005) - 311 pages