Fabienne Verdier - L'Unique Trait de Pinceau





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Fabienne Verdier - L'Unique Trait de Pinceau

 


Date de la note : 8 janvier 2007
Ce magnifique livre permet de prendre connaissance du travail d'une artiste unique qui a su (et a eu le courage !) de faire sienne la technique de peinture chinoise traditionnelle, improprement appelée calligraphie. Elle a écrit un très beau livre sur son parcours incroyable d'initiation en Chine (Passagère du silence) où elle avait, à la force du poignet, acquis sa science du trait chinois.

Unique pour deux raisons. D'abord parce que ce cheminement l'est. Nous sommes plus souvent en face de l'inverse, avec aussi de merveilleux résultats parfois. Je pense par exemple à François Cheng. Mais surtout par ce qu'elle a fait de sa vie quelque chose d'unique, sans repentir possible non plus et qui mérite notre admiration.

Elle est devenue ce qu'elle voulait devenir ; au moins en partie, je pense. Il n'y a que Sartre pour penser que l'on devient tout ce que l'on veut être ! Et avec quel succès, puisqu'elle est reconnue par ses pairs comme un maître !

Cette peinture, qui est aussi une communion avec le monde, un acte d'allégeance à ce qui est, ne doit pas nous faire peur. Elle a bien des points communs avec cet ingrédient majeur de notre culture, le Stoïcisme, qui, reconnaissant notre appartenance à un monde qui nous domine souvent, exige de l'homme le trait unique de sa vie et de ses actes. Ici le mot trait a son sens premier ; il est, comme on dirait en mathématiques, une "représentation" de la vie. N'en soyons pas surpris ; les hommes sont les hommes (je n'oublie pas les femmes !) et leur mécanique est une. D'ailleurs, ce besoin de réduire en un geste l'inexprimable, par un trait unique, bien des peintres occidentaux en ressentent le besoin. Alors, sans nier l'originalité irréductible de cette peinture, laissons-la prendre en douceur sa place dans notre vie d'Occidentaux blasés d'images et de podcasts. Mais, comme bien des choses qui ont de la valeur, comme des oeuvres musicales un peu étranges, ce n'est pas à première lecture que le voile s'entre ouvre. Tant pis pour les gens pressés.

Et au passage, quelle leçon pour ceux qui pensent que s'exprimer passe avant apprendre ! C'est l'inverse. C'est très dur pour les minute-génies qui pullulent ! Il faudra que quelqu'un en parle à Jack Lang.

Editions Albin Michel (2006)