Tzvetan Todorov - Benjamin Constant





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Tzvetan Todorov - Benjamin Constant

La passion démocratique

Date de la note : juillet 2006

TT propose ici une analyse de l'oeuvre de B. C. (1767 - 1830) connu surtout pour son roman "Adolphe''. Il a pourtant été essentiellement un écrivain politique, dont "Les Principes de Politique'' est la pièce majeure de sa production. Il est, à notre époque, surtout célébré comme le théoricien de la liberté.

Il me parait beaucoup plus original par sa thèse qui consiste à séparer sphère publique et sphère privée et rappelle que le "bon gouvernement" est celui qui n'intervient pas dans la sphère privée et la protège par ses institutions. Encore faut-il, bien entendu, que ces deux domaines soient clairement précisés. Notons au passage que les régimes scélérats du 20è. siècle ont été ceux qui ont voulu clairement abolir la sphère privée rendant l'homme servile et le privant de sa liberté au profit d'une société divinisée. Les socialismes (national ou scientifiques) ont laissé derrière eux des champ de cadavres... et des images qui perdurent et dont les traces font encore peur dans les propos des socialismes contemporains. Mais, comme l'annonçait Hannah Arendt dans "Condition de l'homme moderne", les valeurs du privé ayant envahi la sphère publique (santé, travail etc.) la sphère publique envahit peu à peu la sphère privée et réduit l'espace de liberté qui lui est propre. Le résultat sera donc le même à terme si cette défense du dernier rempart de liberté n'est pas protégé.

BC est parfois assez difficile à appréhender car sa pensée est complexe et propose toujours un équilibre entre des pôles opposés qu'un choix entre eux. Il sait que l'humanité (c'est un humaniste) fait mauvais ménage avec les idées simples :
- La vérité ? Sa recherche féconde et améliore l'homme. Mais son usage dans les relations humaines n'est pas toujours souhaitable, en particulier si elle blesse ; et une vérité imposée avilit.
- La raison ? Bel outil dans la recherche du juste, mais
"Un mot, un regard, un serrement de main m'ont toujours paru préférables à toute la raison comme à tous les trônes de la terre''.
- La morale ? Les religions sont impropres à la fonder, mais en revanche elle sera leur mesure.

- Le pouvoir ? Il procède bien entendu de la volonté du peuple, mais il doit trouver des contre-pouvoirs dans les institutions.
- L'intérêt ? C'est un bon moteur des actes de l'homme, pour autant que cet intérêt soit borné par une transcendance temporelle (la prise en compte de la durée et de la mort) et dans l'espace (la société).

BC reste en tout un homme de la mesure, de la pondération et qui prend refuge dans sa liberté. Il nous invite ainsi à conserver en nous, hors des dogmes, hors de la raison, hors de notre appartenance à une société, une zone vierge, libre, une sorte d'autel de l'humain originel que les institutions devront préserver. Après la révolution et ses débordements, il a cherché à prendre le meilleur de Montesquieu et de Rousseau pour fonder les principes d'une nouvelle démocratie. Il a aussi, par ses actes cherché à appliquer avec courage ses principes.

Et il faut convenir que les régimes scélérats du 20è. siècle ont toujours été ceux qui ont violé la liberté privée des hommes. Le début du 21é. et ses folies théocratiques ne disent rien d'autre. Et si BC avait raison ?

Ce livre est une excellente introduction à une pensée majeure des temps modernes et reste totalement d'actualité.


Editions Le Livre de Poche - biblio essais (1997) - 224 pages