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Tzvetan Todorov - Benjamin Constant
La passion démocratique
TT propose ici une
analyse de l'oeuvre de B. C. (1767 - 1830) connu surtout pour son roman "Adolphe''.
Il a pourtant été essentiellement un écrivain politique,
dont "Les Principes de Politique'' est la pièce majeure de sa production.
Il est, à notre époque, surtout célébré comme le théoricien de la
liberté.
Il me parait beaucoup plus original
par sa thèse qui consiste à séparer sphère publique et
sphère privée et rappelle que le "bon gouvernement"
est celui qui n'intervient pas dans la sphère privée et la protège par
ses institutions. Encore faut-il, bien entendu, que ces deux domaines
soient clairement précisés. Notons au passage que les
régimes scélérats du 20è. siècle ont été ceux qui ont
voulu clairement abolir la sphère privée rendant
l'homme servile et le privant de sa liberté au profit d'une société divinisée.
Les socialismes (national ou scientifiques) ont laissé
derrière eux des champ de cadavres... et des
images qui perdurent et dont les traces font encore peur dans
les propos des socialismes contemporains.
Mais, comme l'annonçait Hannah Arendt dans "Condition
de l'homme moderne", les valeurs du privé ayant envahi
la sphère publique (santé, travail etc.) la sphère publique
envahit peu à peu
la sphère
privée et réduit l'espace de liberté qui lui est propre.
Le résultat sera
donc le même à terme si cette défense du dernier rempart
de liberté n'est pas protégé.
BC est parfois assez difficile à appréhender car sa pensée est complexe
et propose toujours un équilibre entre des pôles opposés qu'un choix entre
eux. Il sait que l'humanité (c'est
un humaniste) fait mauvais ménage avec les idées simples :
- La vérité ? Sa
recherche féconde et améliore l'homme. Mais son usage dans les
relations humaines n'est pas toujours souhaitable, en particulier si elle
blesse ; et une vérité imposée avilit.
- La raison ? Bel outil dans la recherche du
juste, mais "Un mot, un regard, un serrement
de main m'ont toujours paru
préférables
à toute la raison comme à tous les trônes de la terre''.
- La morale ?
Les religions sont impropres à la fonder, mais en
revanche elle sera leur mesure.
- Le pouvoir
? Il procède bien entendu de la volonté du peuple, mais il
doit trouver des contre-pouvoirs dans les institutions.
- L'intérêt ? C'est un bon moteur des actes de l'homme, pour autant
que cet intérêt soit borné par une transcendance
temporelle (la prise en compte de la durée et de la mort) et dans l'espace
(la société).
BC reste en tout un homme de la mesure, de la pondération et
qui prend refuge dans sa liberté. Il nous invite ainsi à
conserver en nous, hors des dogmes, hors de la raison, hors
de notre appartenance à une société, une zone vierge,
libre, une sorte d'autel de l'humain originel que les institutions devront
préserver. Après la révolution et ses débordements, il
a cherché à prendre le meilleur de Montesquieu
et de Rousseau pour fonder les principes d'une nouvelle
démocratie. Il a aussi, par ses actes cherché à
appliquer avec courage ses principes.
Et il faut convenir que les régimes scélérats
du 20è. siècle ont toujours été ceux qui ont
violé la liberté privée des hommes. Le début
du 21é. et ses folies théocratiques ne disent
rien d'autre. Et si BC avait raison ?
Ce livre est une excellente introduction à une pensée majeure des temps modernes
et reste totalement d'actualité.