Magda
Szabo -
La Porte
Az
Ajto
Date de la note :16 février 2004
Ce roman hongrois paru en 1987, profondément original, a reçu
le
prix
"Femina"
en
2003.
La narratrice, une femme de lettre, va faire l'éprouvante expérience de l'incapacité
à trouver les gestes qui lui permettraient de vivre pleinement son affection
intense pour
une
vieille
femme, qui pourtant partage ce sentiment. Elle ne passera pas cette "porte"
transparente mais infranchissable qui la sépare d'une amitié qu'elle pressent,
simple, partagée,
où les mots n'ont plus besoin d'être dits pour être compris.
Elle
en
souffre
au point de s'y épuiser et d'en perdre presque la tête et en tous cas la santé. C'est
pour
moi cette tendresse qui n'aboutit pas qui fait toute la valeur de ce roman.
Il faut dire que l'objet de cette amitié est une dame d'un caractère d'acier
trempé, plutôt imprévisible et emporté. Les mots peu amènes fusent dès qu'elle
ne se sent pas comprise. Mais qui pourrait la comprendre ? Sans tout à fait quitter
le réel, le raisonnable, son esprit s'engage souvent si loin que plus un seul
de
ses
amis
ne
la
suit. Sa solitude poignante prendra d'ailleurs une tournure tragique vers la
fin de ses jours.
Si on accepte dans ce récit le personnage extravagant de la vieille dame, sans
être irrité par sa stature souvent bien artificielle, alors on aura devant soi
un merveilleux roman, éblouissant d'originalité.
Un petit regret, cependant (est-ce le texte original hongrois ou la traduction
?) : les phrases hachées comme un discours pas toujours cohérent fatiguent un
peu. Est-ce pour mieux éprouver la peine profonde de la narratrice et son épuisement
progressif ?
Editions Viviane Hamy (2003) - 280 pages