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Magda Szabo - La ballade d'Iza

Date de la note : 24 mai 2005
MS est hongroise et, son roman "La porte" m'avait déjà fait une forte impression. Elle revient ici sur un thème qui, sans doute, la fascine : la solitude, non comme un fait que l'on subit, mais comme un état que l'on fabrique, soit sans le savoir et en en souffrant, soit lucidement pour construire sa vie. "La porte ne nous disait pas autre chose, mais les circonstances étaient bien différentes.

Iza, jeune femme médecin dégage une aura exceptionnelle : succès intellectuel et économique, beauté, courage. Mais peu à peu le roman laisse découvrir dans le sillage lumineux de cet être parfait des points d'ombre qui blessent et écartent ceux qui l'approchent vraiment. Chacun des personnages qui l'aiment ou l'ont aimée ont un jour compris que le bouclier qu'elle dresse est infranchissable. Et ils ne le supportent pas. Le vent de la Puszta reste en fin de compte le seul compagnon d'Iza.

Voilà pour la vision conventionnelle. Mais n'existe-t-il pas une autre lecture ? Il me semble bien que oui, une vision "orientale" qui est au fond celle que je retiens.

Iza est l'enfant d'un milieu modeste, terriblement affecté par une injustice qui condamne la famille à la misère et à une certaine réclusion. Iza, enfant douée, sait qu'elle peut tirer son épingle du jeu si elle s'y emploie à corps perdu. Elle a décidé de s'accomplir et tend tout son être vers cette réalisation de soi, ce qui est au fond la signature supérieure de l'humain. Elle doit alors dans le malheur qui l'environne, et pour consacrer ses forces à ce but, pratiquer une forme d'absence d'attachement très "orientale" ; et elle réussit.

Les êtres qu'elle approche, outre ses parents fiers d'elle, sont des faibles, sympathiques et outrageusement modernes. Antal, son premier mari, est le pire exemple : incapable de supporter Iza telle qu'est est et surtout incapable de supporter ce détachement qui recouvre l'amour toujours profond qu'elle a pour lui, incapable d'être autre chose qu'un enfant en attente de caresses, Antal divorce.
Iza, l'accomplie, est alors à mes yeux le vrai personnage lumineux de ce récit, forte et digne, mais livrée à une solitude, fruit de la faiblesse de ceux qui ne savent pas qu'aimer en adulte n'est pas fusionner.

Tout le talent de MS est de nous amener par évidences successives à cette conclusion duale d'autant plus sensible que, comme chacun, Iza nous avait séduits. Que nous penchions vers l'une ou l'autre des deux visions dépend de notre propre éthique et de notre maturité. Quelle merveille qu'un roman offre ce choix ! Un grand livre.
Éditions Viviane Hamy (2005) - 262 pages