Åsne Seierstad - Le Libraire
de Kaboul
Date de la note : 2 février 2008
Avez-vous envie de
connaitre la vie quotidienne de cet Afghanistan dont on parle tant depuis le
11 septembre 2001 ? Pas de théorie ici, mais des vies, des faits, à peine
romancés, rapportés par une Norvégienne qui y a vécu, au sein d'une famille
"évoluée" de Kaboul et semble s'y être bien intégrée. Et si vous pensez que
les hommes sont tous frères, épargnez-moi les vôtres.
Le roman n'est qu'un prétexte, agréable, à un contact vivant avec ce peuple,
avec sa misère et le poids d'une tradition qui ne date pas des talibans. L'Islam
vécu là bas (mais est-ce bien différent en Afrique ou au Moyen-Orient, par
exemple ?) est un prétexte pratique et synthétique à mettre en forme dans le
sens le plus négatif ce poids de la tradition. Il est ici le ciment de l'immobilisme,
de la contrainte, du mépris des femmes, de l'égo surdimensionné des hommes
et surtout d'une société sans institution où le pouvoir personnel paresseux,
violent et irresponsable en tient lieu. Une vraie bonne religion monothéiste
... Nos
penseurs titulaires diraient une "culture".
L'Afghanistan n'avait jamais été riche, mais il vivait et avait un espoir,
jusqu'à ce qu'il devienne l'enjeu de la chute du communisme. Son sacrifice
n'aura pas été vain, mais est-ce une consolation ? Il en est resté dévasté,
ruiné et les descriptions du livre font peine. Allez, par exemple faire un
tour dans ce grand hôtel de Kaboul, sorte de refuge triste et sombre des rares
étrangers de passage. Le départ des Russes et leur remplacement par les talibans
ont achevé la dégradation du pays. Plus rien ne marche, pas même l'Etat, dont
l'autorité ne s'étend pas au-delà du bras tendu de Monsieur Karzaï.
Le sort des femmes, sortes d'esclaves domestiques, est remarquablement décrit
dans le livre. Bien sûr, nous voyons cela avec notre propre tradition. On peut
cependant penser, et j'en suis, que la dignité d'un être se forme à travers
sa liberté. Et le sort de ces femmes soumises aux caprices d'un petit chef
est infâme, car il les avilit et les empêche d'atteindre leur pleine humanité.
Mais n'oublions pas que les femmes françaises n'ont eu le droit de vote qu'après
la guerre de 40 et n'ont pu ouvrir un compte chèque personnel que dans les
années 60 ...
Ce livre, qui porte la marque du réel, est agréable à lire, simple et touchant.
Bon voyage !
Editions Le livre de poche (2002) - 346 pages