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Arthur Schnitzler - Vienne au crépuscule
"Der Weg ins Freie"
Ce livre est plus
qu'un magnifique roman dont le
style, l'atmosphère et l'intrigue suffiraient, à eux seuls,
à en faire un chef d'oeuvre.
Il est d'abord une peinture attentive et lucide
de la Vienne du tournant du siècle. Ville éblouie par sa capacité créatrice,
en sciences, en art ou en littérature, qui, comme le disait S. Zweig dans "Le
monde
d'hier" ("C'était l'âge d'or de la sécurité" écrit
SZ), pouvait croire sa gloire éternelle. Le
rythme
circulaire
de l'action témoigne de cet immobilisme qui allait
être mortel pour l'Empire. Chaque classe sociale y joue
d'ailleurs sa partie, dans son registre.
Un autre thème traverse ce roman avec insistance
: celui de l'antisémitisme montant, certes, mais
surtout celui de l'existence particulière des juifs de Vienne,
au coeur de cette tourmente. Cette méditation
est remarquable
et n'a que peu perdu de son actualité si on la
transpose à notre monde actuel.
On pourrait y voir, mais sans doute avec
les lunettes de notre époque, un constat peu amène
sur la situation de la femme dans cette société. Est ce
l'intention d'AS ? Je ne le pense pas.
La musique y joue aussi sa partition. Vienne
serait-il Vienne sans musique ? Chacun joue
d'un instrument, chante, compose. Mais, peut-être la musique n'est-elle qu'un
révélateur
de ce que je crois
être l'essentiel de ce livre.
Car ce qui me frappe surtout est ce que le titre allemand
porte en lui : liberté et ouverture que l'on saisit ou non pour en faire son
propre destin. Responsabilité que l'on endosse par
l'usage
que l'on fait de cette liberté pour conduire son existence, quelle
que soit la contingence. La route du large, le chemin de l'être libre.
Comment G von W, jeune, riche et séduisant a-t-il donc conduit son destin ?
Musicien doué, aurait-il du travailler en profondeur la composition et non
jouer au
dilettante, comme il l'a fait ? Pouvait-il éviter le drame, les drames, dont
il a une part de
responsabilité ? Il mûrira pendant cette année
critique et sort de l'épreuve mieux armé. Il sait
que son amateurisme un peu jouisseur l'a desservi et qu'un destin ne
se bâtit pas sur l'écoute servile de ses émotions,
pourvoyeuses certes, de plaisirs, mais aussi d'erreurs
et de déceptions.
Chacun des personnages, à sa manière, se débat
devant les mêmes choix et y apporte, ou non, sa
lucidité, qui relève, encore une fois, d'un équilibre bien balancé entre les
sentiments et la raison.
En ce sens, on peut dire qu'il s'agit là
d'un "roman de formation" dans la tradition
germanique. Mais ce n'est par le moule qui
fait le gâteau.
Et comme cerise sur celui-là, dégustez aussi sans
réserve les splendides descriptions de paysages qui
contribuent grandement à la beauté et à l'atmosphère
du livre.
Je recommande, au passage, l'édition de "La Pochothèque"
en 2 tomes. Tout est bon chez AS !
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