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Lydie Salvayre - Pas pleurer




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Lydie Salvayre - Pas pleurer
livres-et-lectures.net - Date de la note : 16 décembre 2014

Ce beau roman prend prétexte de la guerre d'Espagne pour aborder plusieurs comportements humains et surtout l'engagement, face à un monde qui ne fonctionne plus, ni dans sa tradition, ni dans la modernité qu'il croit s'être donnée. Utopies multiples meurtrières au fusil, conservatismes violents en face, tout est là pour donner à la mort le premier rôle, elle qui sait se parer d'une séduction ravageuse.

D'un côté une République toute neuve qui pratique la table rase et déçoit en violant, au nom d'avenirs radieux, les valeurs de sa communauté. Et qui voit ses chefs se déchirer dans des guerres idéologiques pour se ranger peu à peu à la dictature stalinienne, afin d'éviter le chaos. De l'autre, le conservatisme violent des "phalanges", garantes de l'ordre et soutenues par une église dévoyée. Deux voies que les personnages du roman explorent, vivent et critiquent, justement pour les avoir vécues et les avoir idéalisées. Ce cheminement est passionnant.

D'abord, Bernanos, l'écrivain, dont les réactions face à cette situation vue de son exil à Majorque vont, ici et là, former un contrepoint à l'intrigue principale, celle du jeune révolutionnaire José. Bernanos, conservateur bon teint, chrétien convaincu, conscient des valeurs qui soudent les groupes humains, penche initialement pour Franco qui veut purger l'Espagne du virus internationaliste communiste qui se prépare à dissoudre le pays. Il comprendra vite que ce qui se commet au nom d'une cause qu'il avait approuvée et qu'une église infâme bénit dans les oeuvres ignobles qui en résultent est inacceptable, inhumain. Il l'écrit dans un livre  célèbre, ce qui lui vaut condamnation à mort par Franco.

Ensuite, José, un très jeune paysan, aux solides valeurs terriennes, tombe en extase juvénile devant le chant des sirènes de l'anarchie socialisante en plein essor : l'homme est bon, il sait, mieux que quiconque, conduire sa vie, il aime aider ses prochains, il a horreur de la violence, etc. Le paradis est là, à notre portée ? Quel charme ont ces propos, pour un enfant dont l'expérience ne lui a pas encore montré la relativité de ces beaux principes ! Cette expérience viendra vite, au milieu du désordre, des crimes et du vide de sens que ces présupposés, sans institutions structurantes, provoquent chez des hommes réels, aux vertus tempérées de vices. Le doute l'envahit jusqu'à sa fin tragique. Contrepoint poignant de la désillusion de Bernanos qu'il ne faudrait d'ailleurs pas, là non plus, prendre pour un reniement.

Reste le roman, ses personnages sensibles et vivants, ses situations crédibles et le murmure d'un langage, presque parlé qui invite à la confidence et au partage. Une belle réflexion sur l'engagement, ce vieil impératif de ceux qui ont reçu la vraie parole...

4

 

Seuil (2014) - 279 pages