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Frédéric Salat-Baroux - De Gaulle-Pétain




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Frédéric Salat-Baroux - De Gaulle-Pétain

Le destin, la blessure, la leçon

livres-et-lectures.net - Date de la note : 10 août 2011

Pendant un quart de siècle, la relation de Gaulle (DG)-Pétain (P) a structuré l'histoire de France. Pas celle du monde, en revanche, que les histoires internes de la France vaincue irritaient plutôt.

Les deux hommes partagent une vision assez proche de la stratégie militaire au début des années 20. Rôle de l'artillerie, rôle de l'aviation, rôle du mouvement, importance de la mobilité, etc. Cela ne suffira pas à faire évoluer la stratégie française, qui, jusqu'à la défaite de 40, sera fondée sur l'attaque par l'infanterie.

Outre les questions de paternité de certains textes qui vont les diviser en 1927-28, leurs divergences vont s'amplifier jusqu'aux déclarations de 1940 qui gravent dans le marbre leurs oppositions irréconciliables. DG veut laisser le territoire métropolitain aux Allemands et continuer la guerre à partir des colonies. P accepte la défaite et se range sous l'ordre vainqueur. Il partage en partie son idéologie et il espère ainsi protéger les Français qui lui font majoritairement confiance.

La stratégie de DG était historiquement la bonne, mais, outre quelques visionnaires et des résistants, en partie devenus dangereux par leur inféodation à l'idéologie soviétique mortifère, ce ne sont pas les Français qui l'ont choisie. Ils sont restés majoritairement convaincus par P qui a ainsi pu croire qu'il les représentait valablement.

DG jouait un rôle difficile, car les Français étaient encore sous le coup des dévastations de la guerre précédente. Ils voulaient la paix et l'ordre que P incarnait. Il était le choix démocratique, fondé sur une majorité. DG ne l'était pas et n'aurait jamais reçu l'investiture par une procédure démocratique normale. Ceci l'a amené, car il était conscient de sa position d'aventurier, à rechercher en toute circonstance une source de légitimité qu'il trouvera après la victoire alliée, non sans mal.

Ce livre a ceci de passionnant qui il nous aide à comprendre plusieurs points de politique générale :

1- Dès que la France eut perdu la bataille métropolitaine, elle n'avait pratiquement plus aucun poids international. P la représentait,vaincue et impuissante, aux yeux des Américains. Les Anglais, sans les piqûres à répétition de DG, auraient suivi le même chemin.
La force reste un argument clé de présence internationale.

2 - L'exercice strict de la démocratie conduisait à P et non à DG. En situation de crise, être en démocratie cesse d'être un guide sûr. Là, Machiavel reprend ses droits.

3 - DG avait compris deux choses essentielles :

- Les bonnes institutions sont la clé d'un fonctionnement convenable d'une démocratie. La France, en régime parlementaire strict, était ingouvernable.
- Sans l'appui du peuple et dans les formes démocratiques, c'est l'impasse, ou la dictature, ce qui DG ne voulait pas.

Un cours d'histoire, doublé d'une belle leçon politique, confère à ce livre un intérêt particulier.

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Albin Michel (2006) - 165 pages