Pierre-Jean Rémy - Diplomates en guerre





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Pierre-Jean Rémy - Diplomates en guerre

La seconde guerre mondiale racontée à travers les archives du Quai d'Orsay


Date de la note : 31 janvier 2008
Entre les accords de Munich (29/9/38) et le procès de Nuremberg (1/10/46), les services diplomatiques des pays en guerre ont échangé des millions de notes avec leurs gouvernements et différents correspondants, essayant de comprendre ce qui était à l'oeuvre, tentant de prévoir ce qui pouvait advenir, proposant parfois des actions.

Ce livre exceptionnel est un choix de certaines de ces notes, accompagné de brefs commentaires de PJR. Il nous offre ainsi les faits tels que, à l 'instant de leur avènement, les diplomates et leurs correspondants les percevaient, sans le recul que nous avons, ou que nous croyons avoir aujourd'hui. Nous sommes ici les "voyeurs'' d'une histoire qui se fait, ou plutôt, qui s'est faite. Il est exceptionnel, car nous disposons là des commentaires d'hommes supposés au courant des affaires du monde et au coeur de l'action.

Certains sont d'ailleurs parfaitement lucides, comme A. François-Poncet devant l'accord de Munich, comme P.H. Spaak en mars 1944 qui ne doute pas de l'impérialisme russe ou bien comme les responsables du Foreign Office de Londres qui, en décembre 1944, devant les ruines, préconisent une Europe économique unifiée.

D'autres, en revanche, n'ont pas pris la mesure du siècle et certaines notes sont, à cet égard, fort cruelles.

La figure de Pétain apparaît comme celle d'un triste ludion, vivant dans un monde révolu, et n'ayant pas pris la mesure d'un ennemi qui le berne, autant d'ailleurs que les hommes qui l'entourent et ont, sans ambiguïté, choisi de servir la race teutonne victorieuse. Il semble aussi lui manquer un caractère et une structure mentale assez fermes pour lui permettre de formuler une stratégie claire devant l'impérialisme et l'inhumanité nazie. Il se plie, pour éviter ce qu'il croit être le pire...

Il faut aussi lire certaines notes qui en disent long sur la fascination exercée par la gloire du vainqueur, mais aussi et surtout par les théories racistes dont la France était lourdement imprégnée, bien avant Hitler.

Mais ce livre regorge aussi d'éclairages, parfois crus, sur des questions un peu oubliées aujourd'hui, mais qui, à l'époque, posaient des risques vitaux. Citons par exemple l'hésitation de l'Italie au début du conflit, la longue, très longue, tentation isolationniste des USA, ou encore le déchirement des alliés à propos du sort de la Pologne ou de la Yougoslavie.

La géopolitique est, certes, un art cynique de l'équilibre des forces et tout dans ces notes le rappelle. Il n'en reste pas moins qu'elle est au service d'une vision supérieure du monde que Pétain n'avait pas, au contraire de Churchill ou de De Gaulle... ou d'Hitler. Cette vision stratégique est le produit subtil d'une éducation, d'une expérience, d'un caractère, ayant trouvé une maturation suffisante au sein d'une intelligence. Cela n'est pas donné, mais se conquiert et tous n'y peuvent prétendre ...

Une leçon me semble aussi évidente. Les idées simples, comme celles qui avaient façonné cette époque, sont fascinantes et mobilisatrices (la race, le communisme, dieu sous tous ses avatars, etc.). Plus elles sont simples plus elles sont fausses et dangereuses. La menace qui, de nos jours y ressemble le plus est, outre le fondamentalisme religieux, l'écologie avec son cortège de science mal digérée, d'affirmations sans preuve, de belle générosité qui ne coûte rien et d'imprécations morales, le tout au mépris de la réalité. Tout cela ne peut que conduire à de mauvais choix, en particulier économiques, ce que le peuple ne pardonne jamais. Grenelle de l'Environnement et Munich, même aveuglement, mais si populaire sur le coup !

Quoi qu'il en soit, et si notre histoire contemporaine vous intéresse, lisez ce recueil précieux et les commentaires discrets de PJR. C'est une occasion de faire un pas dans l'intimité du monde dont nous sommes issus, sans analyse, sans interprétation, sans verbiage. C'est inestimable.

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Editions JC Lattès (2007) - 1080 pages (sic)