LIVRES ET LECTURES

François Cheng - Cinq méditations sur la beauté




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Francis Pisani et Dominique Piotet
Comment le web change le monde

L'alchimie des multitudes

Date de la note : 25 juin 2008

Ce livre apporte un point de vue sur les changements qu'apporte à notre société la présence du web et de son accès de plus en plus simple et de plus en plus rapide. Il cherche aussi à anticiper les changements futurs, ce qui me semble assez vain.

La raison d'une telle affirmation vient de ma conviction que tout ce qu'est le web aujourd'hui (et à plus forte raison ce qu'il sera demain) ne provient que pour une partie très limitée de son usage et que c'est la mise à disposition de techniques nouvelles (machines, langages, infrastructures), simples et efficaces qui sont le moteur du changement. L'impact des usages nouveaux peut contribuer marginalement au changement, mais celui-ci résulte avant tout des nouveautés techniques et en particulier de l'ADSL rapide.

Il me semble difficile de s'extasier sur les possibilités de "socialisation" nouvelles qui émergent de l'usage du web : il a été construit pour ça ! Mais si les foules s'en emparent, c'est avant tout quand l'accès est simple, anonyme et presque gratuit. N'allons pas chercher "midi à 14 heures".

Parler de millions (de milliards !) d'interacteurs qui façonneraient le web fait sourire, quand on constate l'usage qu'en font les connectés : des mails, du chat parfois débile, de la fesse (le grand moteur du progrès ...) et des blogs souvent creux. Parler, comme le font les auteurs de "l'alchimie des multitudes" en lui conférant une quasi-transcendance, on nage dans l'idéalisme.

De même, cette démocratie directe que permettrait le web, comme toutes les démocraties directes de l'histoire conduirait, si elle se prenait au sérieux, aux excès propres aux jugements brutaux des foules. L'échafaud n'est pas loin.

Quant à espérer un nouveau savoir provenant du web, on plaisante. Ce ne sont pas les utilisateurs et leur usage de l'outil qui ont fait Google, c'est l'inverse. Les moteurs de recherche ont été rendus nécessaires par l'accumulation des données, avec ou sans "alchimie des multitudes". Google est un travail remarquable de spécialistes qui ont travaillé, inventé et ont réussi.

Il me semble que nous soyons un peu aveuglé par le web, dont l'histoire dira s'il aura été une invention aussi importante que l'électricité, la radio ou le téléphone. J'en doute. C'est un outil, un facteur de productivité. C'est le macadam au lieu des chemins caillouteux. Cela aussi avait rapproché les hommes.

C'est d'ailleurs une faiblesse de ce web, mobile ou non, qui fait croire inutile le contact direct. Or, il me semble que rien ne le remplace. Voir ces jeunes passer des heures solitaires, un peu drogués, scotchés à leurs écrans ou à leurs mobiles me semble un grave effet négatif du web. Drôle de socialisation ...


Pearson (2008) - 265 pages