Harry Mulisch - La découverte du
ciel
De ontdekking van de hemel
Date de la note :11 septembre 2006
Ce roman est un des
plus originaux que j'ai lu depuis longtemps ! L'intrigue est celle d'un roman
d'espionnage
métaphysique (mais si !). Mais, ce qui en fait la chair et le
charme est le destin d'une amitié
improbable et ses incidentes, dont Balzac n'aurait
pas renié la description.
L'intrigue d'abord. Les dieux, qui ne sont pas ce
qu'on croit mais une organisation très hiérarchisée en
lutte contre une autre coiffée par Satan, sont en train
de perdre la partie sur terre, où les hommes sont de plus en plus séduits
par
Satan.
Ils
veulent
récupérer
le
contrat passé à l'origine (les tables de la loi) pour éviter
qu'il ne tombe dans les
mains de leur ennemi. L'histoire est donc celle d'une étrange mission
de récupération qui sera
un
succès. Noir pessimisme sur le sort des dieux :
vous ne croyez plus en moi, vous ne respectez pas
votre "contrat'' ! D 'accord, on le déchire. Mais
maintenant, débrouillez-vous. Dieu est mort
disait Nietzsche ; non, il se retire et laisse la
place à Satan.
Même si on accepte que le
destin des humains est un jeu des dieux, il est
amusant de noter que cette thèse revient aussi à
accepter son antithèse, à savoir que les hommes
sont libres, au point, par leurs actes, de décourager
les dieux. On le savait en Europe, depuis le 17e siècle, où
l'hypothèse divine s'accorde mal avec les progrès
de la connaissance.
Tout cela est assez farfelu, mais sympathique
si on ne le prend pas trop au sérieux.
La véritable valeur de ce roman réside
en revanche
dans l'exceptionnelle qualité de son récit. Car si l'intrigue
se déroule assez haut au dessus de nos têtes, l'aventure
au contraire est profondément enracinée dans notre
terre quotidienne. Tout ce qui se passe est si proche
de nous que l'on ne s'ennuie jamais au cours de ces
presque 700 pages. Je ferais encore volontiers la
comparaison avec Balzac qui jamais n'endort son
lecteur ni ne le perd.
Souvent, aussi, au cours du récit, HM jette une petite
phrase qui touche. Par exemple (p. 451) "Tout
autour, il sentait l'absence de son père bien plus qu'il n'avait jamais senti
sa présence, si bien qu'on eût dit qu'il était bien plus là que lorsqu'il y était
encore''
ou
bien
(p.
540)
"Il
est
dangereux parce qu'il peut commander ses émotions, tout comme un autre a le contrôle
de sa voiture ; et ce dont il se sert pour les commander n'est même pas de l'émotion''
Il y en a cent du même style que chacun peut
ou non recevoir. Mais on sort là du roman
banal pour atteindre la classe des oeuvres qui
marquent et qui durent.
Un superbe roman dont la longueur excessive
ne doit pas vous décourager !
Editions Gallimard (1999) - 687 pages