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Gilles Martin-Chauffier - Le Roman de Constantinople




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Gilles Martin-Chauffier - Le Roman de Constantinople

livres-et-lectures.net - Date de la note : 23 décembre 2009

L'histoire de Byzance (puis Constantinople, puis Istanbul) est peu (ou mal ?) enseignée. Ce "roman" tente de présenter d'une façon vivante les péripéties de cette histoire, si profondément liée à celle de l'Europe... jusqu'à en conclure, aux yeux de l'auteur, que la Turquie fait partie de l'Europe. Ce texte aide aussi à rendre à l'empire byzantin son apport considérable, scientifique, philosophique, artistique et littéraire, apport bien souvent attribué aux Turcs Seldjoukides.

Quelques dates d'abord. En 395, l'Empire Romain se divise (Occident, Rome, qui disparait en 476 et Orient, Byzance, qui sera conquis par les Ottomans en 1453). Par ailleurs, cet empire ,chrétien jusqu'en 1453, se sépare de l'église romaine en 1054 pour fonder sa propre église, chrétienne "orthodoxe".

Si l'empire romain d'occident succombe sous les charges des peuples venus du Nord, Byzance veut éviter cette issue. Elle se dote des moyens scientifiques, économiques, administratifs et militaires pour construire un état qui sera souvent exemplaire et qui suscitera de l'envie et de fortes pulsions de conquêtes chez ses ennemis.

Le livre montre très bien cette montée de la puissance de Byzance, sa richesse exceptionnelle et la situation privilégiée de ses citoyens. L'héritage croisé des Grecs, des Romains et des Latins produit là un moment d'histoire exceptionnel et fort oublié et qui aura protégé l'héritage européen, que l'empire d'occident n'avait pas su défendre.

Sans oublier quelques tares qui ont laissé une image négative à cet empire : Querelles "byzantines" interminables, comme le fut la période "iconoclaste", par exemple, instabilité du pouvoir où les meurtres sont un outil de gestion comme un autre, empereurs débauchés et incompétents, etc. Il fallait une économie prospère pour s'offrir un tel gaspillage sans sombrer ! L'histoire montre bien d'ailleurs que le vent du couperet n'est pas passé loin, à de nombreuses reprises. Mais un empereur déterminé surgissait souvent opportunément et redressait la barque, jusqu'en 1453. Sans parler de la lutte entre Constantinople et Venise où la dernière finit par prendre le dessus, coupant les ressources de Constantinople et préparant la victoire Seldjoukide. Venise, qui avait aussi diplomatiquement détourné la 4e croisade en 1204, pour lui faire, au passage, mettre à sac Constantinople.

L'empire Ottoman brillera aussi des feux de sa richesse et de son organisation. Et, comme l'empire byzantin, il aura ses périodes d'effondrement et de résurrection. Après avoir choisi le parti allemand en 1914, l'empire Ottoman disparait, suite à la défaite. La guerre d'indépendance conduite par Mustafa Kemal conduira en 1923 à la création de la République turque actuelle.

Un regret : le style du livre, accumulation de faits d'où n'émerge pas d'effort réel de construction historique. C'est vivant, foisonnant, mais n'apporte pas de clé de compréhension, autre que ce qui saute aux yeux. Je ne suis pas non plus très convaincu par le ton, souvent persifleur. Ce n'est pas un livre d'historien, mais un roman bien mené et intéressant. C'est déjà bien !

Le Livre de Poche 31129 (2005) - 222 pages