Andrei Makine - L'amour humain
Date de la note : 6 décembre 2007
Ce livre, d'une violence extrême, est pour moi un mystère. Il traduit sans doute
une souffrance profonde de l'auteur, souffrance dont l'origine m'est inconnue.
Il est, encore une fois, pour moi, un exercice d'exorcisme, de conjuration. Mieux
vaut sans doute écrire un livre que jouer à "Columbine".
Le titre, d'abord. Quand on a lu le livre, on se demande encore où est la moindre
parcelle d'amour dans les faits rapportés. Une soif d'amour, oui. Une nostalgie
poignante de la Sibérie, certes. Anna ? Un fantôme, un support d'incantation.
Mais certainement pas un amour véritable qui aurait forcé un choix, dévié un
destin. Elias est trop attaché à ses rêves orgueilleux et messianiques
pour écouter son coeur. Un titre ironique et grinçant, donc, qui, peut-être,
exprime le regret que les choses ne soient pas différentes.
Les faits servant de toile de fond, sont eux effroyables d'inhumanité.
La guerre froide a libéré en Afrique la pire barbarie, alimentée
par des armes, des fonds et des 'instructeurs' soviétiques, des destructeurs
plutôt. Massacres,
viols, dévastations se succèdent. Ils continuent encore aujourd'hui.
La bestialité,
une fois lâchée, transforme les hommes en machines à jouir,
de la souffrance et de la mort des autres ou de leur sexe, dans une attente
désespérée de leur
propre annihilation. Pauvre Rousseau ... Une société vivable
a pour première
tâche de canaliser ces pulsions par des institutions. Tout cela a été détruit
au nom des lendemains qui chantent. Merci du cadeau. Même la colonisation
n'était pas génératrice de ce nihilisme. AM utilise cette
matière puante pour exprimer sa propre insatisfaction. Il transpose, à mon
avis ; mais un bal masqué suivi d'une orgie dans un camp d'extermination
aurait aussi bien fait l'affaire.
Au passage, nous avons droit à d'admirables portraits des phares de
l'humanité
qu'ont été les Castro, Guevarra et autres clowns sanglants qui
ont surfé sur
cette vague de mort. A découvrir.
Et puis, pour compléter le tableau AM nous promène dans les arcanes
des "institutions"
vénérables qui se penchent, à nos frais, sur le sort de
ces pauvres africains. Les "Nations Unies" sont riches de
ces "départements" en charge de tout et de rien et qui vont
propager la bonne parole, occidentale, chrétienne et humanitaire. Et
là,
AM nous livre à nouveau des scènes
d'anthologie décrivant des séminaires bidon et aux sujets vaseux
pour "gros
nègres des conférences internationales" dans des hôtels
de luxe. Où, d'ailleurs
les organisatrices blanches en profitent pour se faire saillir par un noir
en tenant de leur main libre le téléphone pour dire bonjour à leurs
enfants ... Même
interprétation : AM exprime ici ses propres frustrations et en souffre.
En dépit du style apaisé d'AM que j'aime bien et qui contraste
avec le contenu débridé, ce livre est, pour moi, à usage
propre d'un auteur en rage. On peut s'en passer.
Editions Points P1779 (2006)- 295 pages