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Lucrèce - De la Nature




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Lucrèce - De la Nature

Date de la note : 12 mai 2008

On pouvait, au 1er siècle avant notre ère, avoir des intuitions que l'expérience cumulée des siècles suivants transformerait en lois physiques. C'est la gloire de Lucrèce, en dépit de modes de progression de sa pensée qui, parfois, nous surprennent.

Lorsqu'il affirme, par exemple, que rien ne peut être engendré de rien par une puissance divine, il anticipe l'idée de Lavoisier au 18e. siècle, de la conservation de la matière.

Il s'appuie sur Démocrite pour affirmer que le monde est composé de vide et d'atomes. Nous ne disons rien d'autre, même si nous avons d'autres outils mathématiques pour étendre cette représentation du monde (les champs et leur équivalent quantique par exemple).

Cent idées exprimées sont d'une modernité encore actuelle, comme la référence à l'expérience comme juge de toutes choses (les sens), comme l'utilisation de la combinatoire pour engendrer à l'infini des objets à partir de bases limitées en nombre, etc..

En revanche, cette physique manque souvent de rigueur. Et de nombreuses pistes, qu'il prend pour fondées et évidentes, sont des approximations hâtives. Les atomes "tombent'' ? Et les plus gros plus vite que les petits ? Tout cela n'était sans doute pas aussi simple il y a 200 ans...

On a souvent l'impression que L. veut charger de vie et de liberté les atomes mêmes. On a aussi parfois l'impression que tous les modèles qui il propose du monde physique n'existeraient pas, pour lui, si ils n'avaient pas une réalité quasi absolue, une sorte d'essence, beaucoup plus fondamentale que la représentation à usage descriptif (et surtout prédictif !) que les hommes s'en font. Il aura fallu la mécanique quantique et la double représentation du monde en ondes et particules pour sortir de cet "idéalisme matérialiste'' qui consiste à identifier une loi et la réalité des choses de façon univoque. Et bien des "scientifiques" n'en sont pas encore là ...

Il y a même quelque chose de tout à fait étonnant dans la pensée de L. : c'est l'utilisation du concept de "simulacres'' que l'on pourrait déjà interpréter comme, précisément, cette représentation que l'homme a du monde qui l'entoure, sans besoin de faire appel à une "essence" ou une réalité plus profonde de nos modèles. Mais ne poussons pas trop loin !

Mais L. est avant tout un philosophe latin de tradition grecque, qui veut apporter à l'homme du 1er siècle avant notre ère quelques règles de vie heureuse, qui passe, pour lui, par la compréhension de la nature et non par son idéalisation, divine ou autre. Il montre en particulier l'impermanence des choses et le rôle de nos choix dans la conduite de notre vie, de même que l'inutilité des dieux et de la terreur qu'ils inspirent.

Il fut un zélateur de la pensée pondérée d' Epicure et il rappelle la nécessité d'une certaine distance avec les choses et la puissance dévastatrice des passions. Aujourd'hui encore une telle lecture peut nous aider encore devant un monde dont il dit "que la nature n'a pas été faite pour nous et qu'elle n'est pas l'oeuvre des dieux, tant l'ouvrage laisse à désirer''.

Une lecture, parfois un peu frustrante par le côté approximatif de la physique, mais souvent réconfortante et en tout cas impressionnante par la lucidité de son auteur.

GF Flammarion (1963)- 245 pages