Albert Londres - Les Comitadjis
Date de la note : 29 août 2006
AL a essayé de rendre intelligible le conflit macédonien, tel qu'il pouvait
se comprendre en 1931. Mais au delà de cette histoire immédiate il montre l'impasse
dans laquelle se trouvent les gouvernements faibles qui tolèrent (ou
ne
peuvent
éviter !) les groupes armés sur leur territoire, sortes d'état dans l'état, quelque
fondée
que
puisse
avoir
été leur cause, à l'origine.
Cette situation nous est encore familière. Les "Comitadjis" pullulent
de nos jours, en Irak, au Liban, en Palestine, en Corse, au Pays Basque, etc.
Tout le
vingtième
siècle
aura
été
l'art
d'en
fabriquer,
au-delà
des
générations
spontanées :
USA
en Afghanistan, URSS en Afrique et au Moyen-Orient pour ne citer que quelques
exemples.
Les "justes
causes" ne manquent pas et les moins justes savent se déguiser. Les
armes circulent
à bas prix (15 euros la kalachnikov au Yémen en ce moment ... ) et donnent
gloire
et pouvoir. Que ces mouvements se transforment peu à peu en mafias autogérées
est une évidence aussi, qu'AL nous donne à voir avec sa verve habituelle.
Quant à trouver des issues honorables à de si justes causes, seuls
le temps, la
fatigue, l'usure, l'évidence de l'abâtardissement des mouvements,
y contribuent.
Les
prévoir
est
impossible et AL conclut son livre sur cette terrible question : " la destination
de l'homme est-elle d'être sage ?". J'ajouterais aussi que ceux qui
détiennent ainsi un morceau de pouvoir et de ses bénéfices
sont beaucoup mieux
considérés, puisque craints, que si la paix se faisait. A dire
vrai, et en dépit
des rodomontades, ceux qui pourraient faire la paix n'y ont pas intérêt
et beaucoup
bénéficient des sous-produits de l'insurrection.
Ce livre, en dépit de son sujet austère, se lit avec un grand plaisir,
comme tous
ceux d'AL. Un style imagé, souvent persifleur, un détachement constant
et une
attention critique en éveil permanent, la recette est là. Un très
bon moment.
Editions arléa (1999) - 157 pages