Lao She - L'homme
qui ne mentait jamais
Date de la note : 30 juin 2007
Lao She (1899-1966)
est un écrivain chinois d'origine mandchoue, que la révolution
culturelle à
"suicidé". Il a été réhabilité depuis. Cette
série de nouvelles (il y en a 14
ici) est, à mon goût, un chef d'oeuvre. LS a le talent de mêler
drame, humour, analyse des hommes tout en restant simple et vrai.
LS a vécu dans un monde chinois que l'invasion japonaise de 1937 aidait à disparaître
dans sa tradition lourde et stérile. C'est justement cette fin d'un monde,
cette déchirure douloureuse, qui sous-tend ces nouvelles. Cet "homme qui ne
mentait jamais" incarne, par exemple, une rigidité vertueuse, sans doute honorable
dans un monde stable, mais ici stérile au coeur des bouleversements du pays.
On ne peut s'empêcher de penser à ces écrivains japonais qui, comme Soseki
ou
Tanizaki,
avaient eux
aussi
connu
(bien avant !) la
fin de leurs certitudes et avaient su en tirer la splendide littérature que
l'on connaît.
C'est donc au milieu de cette rupture que LS écrit, entre sa vieille Chine
qu'il aime (les 'hutongs' de
Pekin) et décrit si bien et le monde 'occidental' dont la vigueur est respectée
et imitée. Mao
poussera la chose jusqu'à la folie
mais
aura,
aux
yeux de LS,
la vertu d'incarner le changement attendu. Comme d'autres, LS en mourra, "suicidé".
LS, plein d'humour ('Le crachoir de
Maître Niu',
par exemple), nous communique aussi son plaisir de raconter (comme dans 'Les
lunettes'). Il sait assumer avec un certain
stoïcisme le tragique de son époque sans jamais revendiquer ni geindre. La
simplicité et la vérité de son ton sont sans faille.
Un très beau livre.
Editions Picquier Poche (2006) - 356 pages