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Andreï Kourkov - Le pingouin




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Andreï Kourkov - Le pingouin

livres-et-lectures.net - Date de la note : 4 novembre 2010

Victor va nous montrer, avec un humour ravageur, qu'il est aussi difficile d'élever un pingouin neurasthénique dans son appartement que de vivre à Kiev, dans une société où la violence et les intérêts privés se sont substitués aux institutions.

D'ailleurs, dans une pirouette mémorable, il quittera l'un et l'auteur lorsqu'il aura compris que ni l'un, ni l'autre n'a d'espoir de salut.

Ce roman a été écrit quelques années après l'effondrement du "socialisme scientifique" (sic), qui avait laissé un vide absolu en matière d'institutions, vide encore presque aussi béant de nos jours et laissant libre cours aux instincts de chacun pour se faire une place du soleil. Et, comme toujours dans ces situations anarchiques, le règne du plus fort s'impose, apportant un semblant d'ordre autour de chefs de bandes plus ou moins maffieuses. C'est mieux que rien....

A.K. a vécu cette situation et sa description a les accents de la vérité. Le roman tourne même, humour dans le miroir, autour d'un groupe criminel maffieux, le groupe A, qui entend justement nettoyer la société de ses dirigeants au passé douteux... L'absurde est ici utilisé comme un outil révélateur, comme, par exemple, le zoo qui donne ses pingouins !

Cette société à la dérive pourrait engendrer la déprime ? Pas du tout chez A.K. qui possède une capacité exceptionnelle de joie de vivre et nous la fait partager. On sent même qu'il s'amuse à nous balader dans ce monde où les coups partent vite, où rien n'est stable et où la mort est en chasse.

Cet excellent roman, drôle et original, peut être lu comme le rappel que, sans institutions, les sociétés sont de vastes champs de bataille où tous les coups sont permis. Or c'est justement à la destruction de ces institutions que s'est livré le "socialisme scientifique" (sic), y substituant une hiérarchie politique servile qui, lorsqu'elle a disparu a laissé un vide, que certains ont confondu (parfois avec délectation) avec le capitalisme.

Ces institutions (administration, justice, élections de représentants, éducation, santé, police, etc.) sont la condition de l'existence de la démocratie et d'un ordre social juste. Faisons-nous ce qu'il faut pour les conserver, les protéger tout en les faisant évoluer ? C'est une tâche sans fin, certes, mais c'est l'honneur de nos sociétés et devrait requérir tous nos soins.

Un livre drôle, bien écrit, court et qui nous fait réfléchir ; que demander de plus ?

4

Points P842 (1996) - 272 pages