Kazuo
Ishiguro - Un artiste du monde flottant
"An
artist of the floating world"
Date de la note : 5 août 2005
Depuis l'âge de six ans, KI, né au Japon en 1954, vit en Angleterre.
En quelques romans il est devenu une figure importante des lettres de ce pays,
récoltant prix et distinctions.
La lecture de ce livre ne laisse pas vraiment soupçonner que l'auteur
est anglais
! Nous sommes au coeur du Japon d'après la seconde guerre, vivant, changeant
certes,
mais
aux
prises
avec
un problème aussi grave que celui qui avait bouleversé l'ère
Meiji (l'ouverture
du Japon aux méthodes de l'Occident). L'essentiel est ici de digérer
un demi
siècle de fanatisme nationaliste et violent, pendant lequel le Japon a
cru pouvoir
dominer l'Asie, fanatisme dont il avait fait la morale de son peuple.
Citons au passage l'intelligence stratégique des USA qui surent à cette époque
ne pas désespérer ce pays après sa défaite et ses
blessures
et surent aussi,
faisant
la
part
du
feu, mettre en place les institutions qui en on fait un pays fort et honorablement
démocratique.
L"'artiste du monde flottant" est un peintre célèbre
qui a
vécu et a en grande
partie approuvé la vague nationaliste des années 40. Il y a même
apporté sa pierre
par
son art
et son engagement. Il prend conscience à travers ses amis, sa famille
et ses
anciens maîtres qu'il s'est fourvoyé et a contribué au malheur
de son peuple.
De bonne foi, certes ; il se raccroche d'ailleurs à cette mince excuse.
Mais
cette évidente culpabilité le poursuit et modèle son existence.
Il ressent chaque
événement
défavorable de sa vie comme un reproche, comme un acte de justice immanente.
L'expiation est impossible à ses yeux, car rien ne peut faire qu'un bien
désiré
ait produit tant de mal. Ce roman prend alors sur un ton doux le poids d'une
tragédie et nous le rend infiniment proche.
A cette quête impossible, si humaine, s'ajoute un style fait de questions à peine
formulées, de retours bienveillants sur un passé à la fois heureux mais aussi
fertile en erreurs et , au fond, sur l'inanité de nos idées, même les plus enracinées.
Aucune violence ne perce sous cette désillusion si stoïque d'un homme qui a dévoyé
une part importante de sa jeunesse. Il y a là quelque chose qui, sur le mode
du roman, rejoint les 'Essais' de Montaigne.
Pour moi, un très grand livre.
Editions 10/18 domaine étranger (1986) - 220 pages