Denis Jeambar - Accusé
Chirac, levez-vous !
Date de la note : 13 septembre 2006
Le réquisitoire de DJ risque de ne pas beaucoup convaincre parce qu'il
est enflammé et subjectif, mais surtout parce que les Français
sont
déjà convaincus,
comme les sondages l'indiquent. Il n'en reste pas moins que ce livre doit être
lu car il ne relève d'aucune idéologie classant le monde en bons
et méchants.
DJ explose devant ce qu'il voit comme mensonge, duplicité, trahison et
occasions
manquées.
Le portrait qu'il tire d'un vieux roi, avide de pouvoir, agité mais passif,
ayant
monopolisé les institutions pour régner sans gouverner n'est pas
un rêve : notre
situation
sous
bien des plans est mauvaise, voire inquiétante, quand on la compare à nos
voisins,
sans parler des pays émergents. Le clan Chirac broie tout pour durer et
conserver
à
son
chef
le pouvoir, sans doute pour préserver aussi longtemps que possible une
immunité
indispensable.
Et pourtant, si jugement il y a, ce ne sera certainement pas sur les faits les
plus
graves,
tels que DJ les décrit, qui sont des manques, des creux : un bilan fait
de
mots, de promesses type "fracture sociale", mais un vide quant aux
réalisations,
sauf
une
dépense
démagogique et à visée électorale
qui
a abouti à une dette considérable. Les dossiers non traités
(retraites,
protection sociale, défense, éducation en particulier supérieure,
recherche,
déficit
du
commerce traduisant la baisse de compétitivité, santé en
faillite, relations
extérieures en miettes, Europe détruite, etc.) rappellent Louis
16.
Mais
on ne guillotine pas le vide.
Deux remarques cependant :
- Ce que DJ assène à Chirac aurait aussi du l'être à quelques détails près à
Mitterrand dont
le bilan a été désastreux de la même manière : le vide, la fuite devant les responsabilités
face aux grands problèmes, la démagogie, la dépense pour acheter l'électorat
et la montée de la dette.
- Le rôle du Parlement n'est jamais évoqué. Mais devant la déroute actuelle dont
je suis persuadé que les députés sont conscients, qu'ont-ils fait ? Rien. Ou
bien ils ont le pouvoir, mais ils sont lâches, ou bien ils n'ont pas le
pouvoir et ce sont les institutions qui sont à revoir. La France reste dirigée
par sa chambre ; on ne le dirait pas quand elle laisse s'installer un tel pouvoir
personnel arbitraire. Cela peut faire peur.
Il n'est jamais agréable de patauger dans l'histoire d'un échec. La lecture de
ce livre me parait quand même recommandable car elle fait prendre du recul.
Editions Points 1457 (2005) - 140 pages