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Gérard Haddad - Le jour où Lacan m'a adopté




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Gérard Haddad - Le jour où Lacan m'a adopté

Mon analyse avec Lacan

Date de la note : 1 mai 2005
Monde étrange que celui de la thérapie psychanalytique pour ceux qui, comme moi, ont passé une partie importante de leur vie dans les sciences "dures". C'est bien en effet ce sentiment permanent de "mou" qui domine ici à la lecture de cette cure, parsemée de petites vérités que l'on prend pour des grandes et de révélations qui accouchent d'une souris. Rien n'est acquis, rien n'est gagné ; tout est toujours à reprendre. L'auteur se dit d'ailleurs ballotté d'instants décisifs en moments cruciaux qui ressemblent au rocher de Sisyphe. De quoi se perdre tout à fait si on ne l'est qu'un peu. Effrayant, non ?

C'est bien entendu là un langage de béotien et surtout de quelqu'un qui n'a pas ressenti le besoin de cette explosion du moi devant le thérapeute confesseur pour tenter d'en reconstituer une part qui lui permette de vivre mieux. Autant je suis convaincu de la réalité et de la profondeur de la découverte de l'inconscient et de son moteur, la libido, autant je suis perplexe en face de ces interminables cures (10 ans et presque chaque jour ici !) dont le côté destructeur (divorce ou folles dépenses, par exemple) est à mettre sur la même balance que l'effet reconstructeur de la personnalité dérangée. N'est-ce pas aussi se refaire, bien égoïstement, terriblement centré sur son nombril, au risque de se mettre à l'écart d'une société qui ne le pardonne guère ?

Il n'en reste pas moins que ce livre est tout à fait intéressant, même si on se sent parfois un peu voyeur. Ce long accompagnement d'un homme en cure et avide de "psychanalyser" à son tour, est pour moi une découverte, comme l'est cette ouverture sur le monde professionnel plutôt désagréable des psychanalystes tels que GH les voit. Il y a au passage de joyeux portraits d'une faune parisienne, avide d'honneurs et de reconnaissance, qui m'évoque la cour du lycée à la récréation, mais pas un monde d'adultes.

Il est aussi intéressant par la relation particulière qui s'établit entre GH et Lacan. Quel que reconnaissant que soit GH (a-t-il raison de l'être ?), Lacan n'en est pas moins plein de morgue, souvent cynique et cupide (pour le bien du patient, cela va de soi... à lui). Que GH, intelligent mais sans doute faible, soit tombé dans ce piège d'une telle soumission autant affective qu'économique (il le reconnaît lui même) à un ersatz de père me laisse songeur. Non, décidément, je reste sceptique sur la nécessité de cette mise en scène.
Editions biblio essais (2002) - 445 pages