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François Fillon - La France peut supporter la vérité
FF n'est pas un nouveau venu en politique, ce que sa discrétion pourrait faire penser. Son livre tranche en revanche avec les doléances habituelles, que ce soit par le ton, les attendus, ou l'espoir qu'on y trouve. La France est frappée de déprime, écrit-il, mais pour hâter sa convalescence, elle ''peut supporter la vérité' !
Le ton, d'abord.
En dépit des couleuvres avalées, des urgences ressenties et de probables
impatiences, l'auteur reste serein ; ce qui, d'ailleurs, concorde avec
le personnage, lorsqu'il se montre publiquement. Par conséquent,
ce livre n'est pas un pamphlet et se démarque des ''oeuvres''
journalistiques ou à la recherche du succès que l'on a pu
trouver dans les rayons... y compris avec le livre, parfois un
peu trop vibrant de N. Sarkozy. Direct, déterminé, mais sans emphase,
avec discrétion même, voila comment on perçoit FF dans
son livre.
Les attendus, ensuite.
FF rappelle d'abord sa déjà longue expérience politique. Plusieurs
fois ministre, à des postes exposés (social, éducation, en particulier),
il a néanmoins su, mieux que d'autres, conduire des
réformes à leur terme (les retraites, par exemple, en 2003). Il
a aussi eu le désagrément de mener presque
à leur terme certaines autres, sans drame social, mais que
la pusillanimité ambiante n'a pas permis du
faire aboutir.
Il fait bien entendu, la même analyse de la situation que d'autres ont
déjà faite, comme Baverez. La France, dans
de nombreux domaines, a perdu son rang (pouvoir d'achat, école, université,
recherche, attractivité de
son modèle dans le monde). Il sait aussi que la mondialisation n'est pas
une mode. Où serions-nous si l'Asie était restée là où sont encore l'Afrique
ou le Moyen-Orient ?
Il courait le conservatisme pesant d'instances multiples
en France, généralement socialisantes, mais pas seulement. Son expérience
lui a montré que ce qui doit être fait peut l'être, si l'on
s'en donne la peine.
Il sait, pour les avoir vécus, où sont les blocages ; mais, ce qui est
ici original, est qu'il donne le sentiment que rien n'est insurmontable,
comme il l'a prouvé dans des circonstances difficiles.
L'espoir, enfin.
La dernière remarque en est la matrice.
FF veut réconcilier les citoyens avec la politique. Le mécanisme de la perte
de crédibilité des élus est,
au fond, simple. Ils la retrouveront le jour où ils
auront montré par leurs actes
que c'est à travers la politique et ce qu'elle permet de faire que les
problèmes
ont des solutions.
Il aborde dans le livre quelques pistes concrètes. Notons par exemple :
- Une réforme constitutionnelle serait
utile. La France a changé depuis 1945.
- La décentralisation doit être approfondie et le
jacobinisme muselé.
- La démocratie sociale est à faire naître pour que
les salariés se sentent représentés et que les
syndicats, trop fragiles aujourd'hui, passent de la
contestation à la proposition.
- L'intelligence (savoir, recherche, etc.) ne reçoit pas les soins
qu'elle devrait. Recherche, université, doivent retrouver une position
prioritaire dans les préoccupations des dirigeants. Il
fait des propositions pratiques qui méritent d'être étudiées avec soin,
car il sait de quoi il parle.
- Le chômage
n'a pas été diminué par
son traitement social. Ca ne suffit pas. Là aussi, de nombreuses pistes
non explorées
existent, qui sont ici présentées en référence souvent aux succès de
nos voisins.
Bien entendu ses rapports avec J. Chirac sont
abordés.
Ils ne peuvent pas être bons. FF n'accepte pas l'immobilisme
actuel, ni l'esprit méprisant et ingrat du "chef" qui aurait, soit
dit en passant, bien du mal à faire référence à ses succès !
Car FF croit à la
mission de la politique, ce qui 'est rafraîchissant à notre époque
! C'est cela qui l'a rapproché de N. Sarkozy, entre
autres, car il pense qu'il agira. Un mariage de raison, en
somme ?
Il serait dommage que les élections à venir ne donnent pas à cette équipe une chance de mettre ses propositions à l'épreuve. On sait trop bien, en dépit du tapage médiatique actuel et de ses faux pas habillés d'un sourire charmant, où la gauche française regarde : derrière elle.
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