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Luc Ferry - La sagesse des mythes




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Luc Ferry - La sagesse des mythes

Apprendre à vivre - 2

Date de la note : 9 mars 2009

Dans un premier tome de ''Apprendre à vivre'', LF avait proposé sa vision du but de la philosophie, que le titre de la série résume parfaitement. Voici le second tome qui donne à comprendre les mythes grecs et montre qu'ils sont l'origine même de la pense philosophique occidentale.

Le premier mérite de ce livre est de rappeler (ou plus..) la cohérence interne de ce qui apparaît souvent comme un foisonnement arbitraire de dieux et autres entités, parfois olympiques, qui ont nourri et nourrissent encore notre vie intellectuelle, nos arts et plus prosaïquement, notre vocabulaire. N'ouvrons pas la "boite de Pandore" ! Son contenu, certainement "sybillin", nous laisserait "médusés" et nous serions alors capables, devant ce "supplice de Tantale" de jurer comme un charretier" et, peut-être même, d'aller "de Charybde en Scylla", etc.

Car ce monde rêvé, imaginé plutôt, est cohérent et cherche à dresser le tableau des forces fondamentales qui meuvent le cosmos et à en donner une représentation humaine synthétique qui aide les hommes à conduire leur vie. Ces forces (ces dieux), se sont d'abord engendrées elles-mêmes à partir des données premières (les axiomes ?) que sont le Chaos, la terre (Gaïa), le Ciel (Ouranos) et l'Eros qui les lie. De là naîtront, par accouplement entre elles, deux générations de dieux olympiens qui sauront, par la guerre, bâtir un ordre suffisant du cosmos sans cesse menacé par le Chaos et ses forces originelles puissantes.

Notons au passage quelque chose qui, à mes yeux, fait la grandeur de cette pensée : elle ne dit jamais que le Chaos (d'aucuns diraient "le mal", ou l'inhumain) peut être éradiqué, ni même qu'il doit l'être. Il faut certes le circonvenir, mais on doit lui laisser une place, inéluctable, dans le monde où l'on "apprend à vivre". Plus encore, Dionysos, qui est cette part du Chaos dans notre cerveau profond, est un dieu et comme tel mérite révérence et offrandes. On est tout cela ensemble et il convient d'en rendre grâce. Sans, pour autant, baiser le cul de Satan...

Car le risque de trop faire, que l'on soit dieu ou homme, menace à tout moment cet ordre du que monde si difficilement acquis, puis maintenu. Et ceux qui, par leur comportement excessif, leur "Hybris", menacent cet ordre vont subir d'effroyables châtiments de l'équipe divine olympienne en charge de l'ordre du monde. Midas, Marsyas ou Prométhée (oh, que son sort est ambigu !) en goûteront les fruits amers.

Alors naitront de vrais héros qui, par leurs actes, contribueront à maintenir ou parfois rétablir l'ordre du cosmos et à retrouver la "Dike". Heracles, Thésée, mais aussi Ulysse, chacun à sa manière, propose un retour à l'ordre et à la vie bonne.

Et les hommes, là dedans ? Ils sont devenus mortels depuis la création de la première femme : une chute par le mythe... Mais surtout, et c'est à mes yeux une partie remarquable de cette réflexion, ils sont dans ce cosmos conflictuel et ne peuvent que souffrir dans leur existence de cette lutte. Tout juste peuvent-ils espérer que l'équilibre soit maintenu. De ces contradictions violentes, dont ils ne sont pas responsables, mais qu'ils subissent, nait la tragédie, constitutive de leur fragile destin.

Alors, on peut chercher la vie bonne en aimant le monde dans son présent et pour ce qu'il apporte de beau et de bon. Une sorte de stoïcisme sage. On peut aussi, comme le propose F. Nietzche, tout aimer dans son destin ( l'Amor Fati), y compris sa face noire. LF y voit quelque chose d'impraticable à l'homme normal.

On peut alors, tout en aimant le monde tel qu'il est et en y coulant notre existence, tenter de corriger l'insupportable, ou simplement l'adoucir. C'est au fond la très simple réaction humaine logique, face à la douloureuse tragédie. On appellera cela l'humanisme.

Un livre réussi, qui parle à la meilleure part de nous même et nous donne quelques aides pour avancer sur le chemin de la vie, seuls comme nous le sommes et le resterons, dans la mosaïque d'ordre et de chaos qui le pave.

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Plon (2008) - 410 pages