Chahdortt Djavann - Comment peut-on
être français ?
Date de la note : 7 mai 2006
CD est iranienne
(persane !), née en 1967, vit à Paris depuis 1993 et écrit en français. Son
roman, fortement autobiographique (je suppose
?), est double. Nous vivons d'une part l'exil douloureux en France d'une
jeune femme qui, jour après jour, découvre les responsabilités que confère
la liberté. Mais c'est aussi le récit expiatoire de l'horreur, qu'elle a vécue,
sous le régime religieux-fasciste de ce pays dont elle essaie de faire le deuil
et qui est la cause de son exil.
Le roman lui-même a trois parties : l'arrivée dans la société française, la
solitude et ses remèdes, la chute dramatique résultant d'une tension excessive.
La première partie est remarquable et devrait être lue par tous les candidats
à l'exil. La solitude du citoyen libre peut être dans certains cas moins supportable
que l'existence miséreuse et captive mais chaleureuse dans une société traditionnelle.
Etre libre, c'est être ramené à soi et à soi seul. Responsable de ses actes,
toujours
et
toujours. C'est parfois aussi se voir avec désespoir et dégoût,
sans exutoire. C'est
la base de la démocratie et il est illusoire de penser qu'un "papier"
suffise à un nouvel émigré pour devenir un citoyen potentiel libre mais responsable
! Est-on
prêt à prendre le problème à bras le corps et à donner, à ceux qui le désirent
et en font l'effort, une chance de devenir français et non des sous-citoyens
malheureux et vengeurs en déséquilibre entre deux mondes ?
Revenons à notre jeune émigrée. Contre cette solitude oppressante, elle va
écrire ... à Montesquieu ! Ses lettres deviennent une sorte de journal de ce
retranchement
qu'aucune
amitié
humaine
ne vient briser. Un peu difficile à comprendre et pour tout dire un peu artificiel
à mon avis, d'autant plus qu'il n'y a pas là la distance et l'humour du maître.
Le dénouement dramatique est logique, mais laisse l'espoir ouvert.
L'autre aspect de ce livre est le rejet violent par CD d'un monde aussi
effroyable que celui que l'Europe s'est fabriqué en Allemagne et en
Russie, un monde "socialiste" où l'homme est dessaisi de
sa liberté d'individu,
et perd en fait son humanité. Des petits imbéciles
incultes, mais armés (nervis ou autres pasdarans) servent, pour leur
profit, de mercenaires brutaux
à ces systèmes et font régner la terreur orchestrée.
Allah a aidé à en
fournir un nouvel avatar qui se trouve ici remarquablement exposé de
l'intérieur, et qui, comme les autres, en se condamnant à n'utiliser
des hommes que leur servilité, finira dans la misère et l'horreur.
Encore
une fois.
Un livre dissident réussi sur un sujet délicat.
Editions Flammarion (2006) - 315 pages