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Chantal Delsol - Le souci contemporain




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Chantal Delsol - Le souci contemporain

Date de la note : 9 avril 2005
A la suite de la lecture (et relecture qui a transformé ma surprise en incompréhension réactive) du 1er chapitre (L'existence comme signe), je crois devoir marquer une pause. Il est en effet difficile d'être plus en désaccord, dès les premières pages, avec un auteur que je le suis ici. ChD affirme avec vigueur des préjugés, certes écrits dans une langue simple et claire, mais qui restent des préjugés que je ne partage pas.

Commençons.
Prendre son sens c'est, pour la vie, "rappeler autre chose que soi, établir un lien avec une valeur, une idée, un idéal extérieur à soi". Ce catéchisme péremptoire sous-entend que si ce n'est pas le cas cette vie est insignifiante (au fait, que fait-on d'une vie insignifiante ?). C'est à peu près ce que l'on disait des athées au 17ème siècle pour les envoyer au bûcher ou pour dénier une âme humaine aux non chrétiens. Quand cessera-ton de brasser ces illusions de "sens" pour n'y trouver que l'angoisse et le vide de constructions intellectuelles ou prétendues spirituelles souvent absolues et toujours réductrices, qui ne sont en dernier ressort que des produits de l'esprit humain ? La dignité et le sens d'une vie sont totalement présent, sous nos yeux, dans ce qu'elle est, c'est à dire une vie, petite parcelle d'une espèce que nous avons la charge de maintenir, le mieux et le plus loin possible. Tout en découle, bien ou mal ; une seule question : qu'avez vous fait pour aider l'homme ? Mais ce n'est pas ici le sujet de ce texte.

Continuons.
"L'homme contemporain dont la vie n'a plus de sens, envie les combattants de la liberté, qui vont jusqu'au renoncement de soi, car il les juge plus grands dans ce renoncement même". Cette révérence à la foi, au sacrifice pour des idées que le temps renverra au bazar des illusions ou des idées meurtrières m'horripile. L'expérience, encore une fois ne sert à rien. 14-18 n'aura pas été la "der des der" et la porte s'entrouvre pour un nouveau messie avec de tels propos. Merci, grands pourvoyeurs d'idéal, Lénines, Pol-Pots et autres HItlers ! Vous allez donner du sens à la vie ! Au suivant !

Terminons
"..l'homme se définit à l'inverse dans cette aventure où il quête le sens". Quelle absurdité ! Ce sont ses actes qui le définissent par ce que c'est à travers eux qu'il prend sa place dans la communauté. Pourquoi perpétuer cette illusion occidentale de fuite dans des idéaux, alors que tous ont montré leur limite et pire, leur toxicité. Pourquoi justement ne pas oeuvrer dans un sens nouveau, en s'inspirant peut-être des voies plus équilibrées de l'Asie, au lieu de ce rabâchage passéiste. Il faudrait, pour cela, philosopher, peut-être ?

Alors, en attendant de surmonter cette réaction brutale et sans doute excessive de rejet, je retourne à Hannah Arendt.
Editions La Table Ronde (1996) - 40 pages lues