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Marc Défouneaux - Force des armes, force des hommes
Ce livre, sensiblement
iconoclaste et plein d'humour pose une question désagréable et difficile :
qu'est-ce qui constitue la force (et donc la faiblesse) des hommes dans leurs
conflits ?
Désagréable,
elle l'est par tout ce que nous savons sans vouloir nous l'avouer : notre richesse,
notre confort nous permet de rêver d'un monde où, à
l'usage de la force brute, viendraient se substituer
d'autres moyens pacifiques de règlement des conflits et de l'affirmer comme une
vérité universelle. Mais nous savons, tout en voulant l'oublier, que
la religion, la morale laïque, la justice ne
s'imposent qu'à ceux qui se les imposent à eux-mêmes.
Plus grave encore est le
fait que si nous agissons en respect aveugle de ces principes, nous créons à notre
désavantage une "faiblesse du fort" qui se
refuse à mettre en oeuvre tous les moyens de sa
force pour vaincre, ou se défendre.
Sans oublier la confusion de jugement qu'entraîne la
valorisation, voire l'idéalisation du faible (solidement en place dans nos
consciences) , lorsque cette faiblesse est
visible (et médiatisée) ! Personne n'a oublié le
sauvetage coûteux de 3 baleines pendant plusieurs
semaines quand chaque jour la pêche en capturait
des dizaines. Grotesque.
Et puis, ne pensons-nous pas aussi que nous disposons
d'armes invincibles qui nous protègent ? Les lignes "Maginot" sont
faites pour être contournées et la technologie pour
être disséminée (note personnelle : L'Iran
aura la bombe A, évidemment). Et surtout, sommes-nous
si certains que le jour où l'usage de ces armes
sera nécessaire, nous aurons le caractère
assez trempé pour le faire ? Et quel opprobre ne
recueillerons-nous pas ? (c. f. Hiroshima).
Quant au rêve de guerres
propres, chirurgicales, sans pertes collatérales et avec "zéro mort", MD
montre à quel point cette idée propagée par
les médias est et sera une illusion et combien
sa poursuite peut avoir d'effets pervers. Sait-on
que 25% des alliés tués au cours de la guerre
d'Irak de 1991 l'ont été par des armes "amies" ?
Sur le rôle des médias
dans cette confrontation des forces, MD montre bien leur puissance, imbriquée
dans celle des opinions publiques. Comme il le dit,
"la puissance émotionnelle de l'image ouvre la voie
aux réactions les plus irrationnelles". La manipulation
n'est pas loin. Sommes-nous assez vigilants ?
Comme dit aussi M D : "La guerre était autrefois l'art
d'être fort. En se médiatisant, elle est devenue
l'art de paraître faible".
Il est impossible de rendre compte en
quelques lignes d'un livre aussi dense et aussi riche.
Les questions qu'il aborde, d'une manière décapante
parfois, sont essentielles et au coeur même de
nos choix géostratégiques certes, mais avant tout
de nos choix d'hommes libres et ayant envie de le
rester.
Ce livre a reçu le Prix Edmond FREVILLE 2007 de l'Académie des Sciences Morales et Politiques.
Il a également fait l'objet à cette occasion
d'une interview de Marc Défourneux sur CanalAcademie
émission
que
vous pouvez écouter ici :
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