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Gilles Cosson - Debout, citoyens




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Gilles Cosson - Debout, citoyens !

Contre la décadence

livres-et-lectures.net - Date de la note : 5 novembre 2015

Dans ce bref manifeste, l'auteur exprime sa profonde appréhension face aux orientations funestes de nos sociétés, qui oublient peu à peu les fondamentaux de notre civilisation. L'analyse est saisissante, qui repose sur la comparaison avec la situation de l'Empire romain du 4e s. et un rappel de ce qui a, pour l'essentiel, fondé nos valeurs. Sa quête de sursaut sera-t-elle comprise et entendue ? Un livre riche en questionnements.

Décadence ?

Trois chapitres sont proposés qui, chacun, méritent notre lecture et notre réflexion. Le premier, celui de la comparaison avec la Rome du 4e s. est remarquable et avait déjà fait l'objet d'un livre de l'auteur "Dans l'ombre de la décadence". Les analogies avec la situation présente du monde occidental sont en effet frappantes :
- Hypertrophie de l'appareil d'Etat.
- Excès de confiance dans la capacité de l'Etat face aux périls. Stephan Zweig dans "Le Monde d'hier" ne disait pas autre chose...
- Montée des intégrismes, chrétien en particulier (à l'époque, bien sûr), c'est-à-dire du refus du compromis.
- Incapacité des Etats à adapter leurs dépenses à leurs ressources. La fausse monnaie du "quantitative easing" ?
- Combattre pour ses valeurs est démodé... Julien sera écrasé par les Perses.
- Judiciarisation à outrance des actes de la vie civile.
- Conflits de plus en plus idéologiques. Julien n'apportait pas alors la démocratie à l'Irak, mais voulait combattre un roi de Perse "odieux" !

Pourquoi se battre ?

Le second chapitre est le rappel de notre histoire et des valeurs qui en ont émergé. Qui peut douter que nous soyons les enfants de cultures en couches successives que l'épreuve a fait mûrir et a profondément incrustées dans nos gênes ?
- La Grèce antique et l'exigence de l'esprit critique face à toute pensée, fut-elle religieuse, pour construire un jugement.
- Rome et l'invention des lois pour rejeter l'arbitraire. Le droit romain féconde encore notre pensée juridique.
- Le monde juif et sa passion de l'analyse et de la dissection des textes.
- Le monde chrétien qui donne à la personne humaine (et à la femme autant qu'à l'homme) sa plus haute dignité et, ajouterais-je sa responsabilité fondée sur sa liberté.
Certes ces valeurs humanistes ont été mises à mal par les cruelles errances du XXe s., qui nous ont fait douter de leur cohérence et de leur pertinence, mais elles restent un modèle pour une partie considérable du monde.
Pense-t-on que nos institutions les transmettent encore ? Famille sur la vague, école qui patauge, justice qu'il faut peut-être plus craindre que révérer, armée professionnalisée, pensée politique pauvre, etc. ? Sans oublier les dogmes paresseux qui nous environnent, comme Dieu s'occupe de chaque chose, tout se vaut, si je le crois c'est vrai, etc.

Des réponses ?

Le dernier chapitre est un appel à la résistance face à cet oubli de ce qu'est notre civilisation et de ses succès. La réaffirmation de nos valeurs passe par l'école, dit l'auteur. J'admire sa confiance que je ne partage pas. Une autre école à construire, peut-être. Pas l'actuelle et ses faux prolétaires débraillés aux idées courtes qui l'ont dévoyée. Sans oublier le rôle attendu de la famille.
Un sursaut spirituel ? Le besoin est réel pour nous, humains, qui ne savent pas vivre ni nous construire sans transcendance. Nous sommes déroutés par les échecs majeurs du siècle passé qui a voulu placer cette transcendance dans l'homme, dans la race ou dans le prolétaire. Pouvons-nous encore une fois reconstruire une spiritualité qui nous guide ? L'auteur l'espère et propose une voie de convergence fondée sur une vision rationnelle qui n’oblige pas au reniement des croyances anciennes.
Autre piste, un réenchantement du monde par la culture, vecteur de nos valeurs. Mais en même temps une prise de distance vis-à-vis du libéralisme dressé en veau d'or, pour rendre sa place à une solidarité mise à mal par l'individualisme exacerbé qui est son carburant.

Le livre termine par une très profonde remarque, nous renvoyant à notre origine grecque. Ne souffrons-nous pas de la maladie de la démesure, de l'excès, en un mot de l'hubris ? Tout ce qui est possible doit être fait sans délai, au détriment, bien sûr, de la sphère privée qui disparaît et au risque de la némésis. Un sujet, qui vaut bien un livre, à proposer à notre auteur ?

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Fauves (2015) - 113 pages