Chua
(Amy) / World on fire
How
exporting free market democracy breeds ethnic hatred and global instability
Date de la note : 26 janvier 2004
Je n'ai lu de ce livre qu' un extrait seulement,
paru dans "Courrier international" No 690. Le livre est commandé et,
peut être ces quelques
lignes seront-elles révisées après lecture. Il n'en reste
pas
moins que l'extrait est
parfaitement explicite sur l'idée proposée par l'auteur. Elle me
semble assez importante pour comprendre notre monde actuel pour que je fasse
dès maintenant
ces quelques commentaires.
La proposition de base est la suivante : les pays pauvres ont une structure économique
qui fait que les seuls pôles de développement sont tenus en main par une très
petite minorité. Le" laissez-faire" économique (un capitalisme sauvage) est souvent
la règle dans ces pays, parfois même recommandé par les institutions internationales.
Or cette forme de capitalisme renforce le pouvoir et la richesse de ces minorités
. Enfin,
l'expérience
montre
que
ces
minorités
actives
appartiennent
souvent
à
des
ethnies différentes des majorités ethniques de ces pays. La conclusion est simple
: ce capitalisme sauvage provoque chez les population pauvres, écartées du pouvoir
dans leurs propres pays par des minorités "étrangères", une réaction de frustration
qui
va
jusqu'à
la haine, aux massacres et à terme au départ des minorités actives, entraînant
alors
l'isolement
et l'appauvrissement
du pays. De plus la démocratie, qui souvent veut accompagner le capitalisme,
renforce cet effet, car elle donne le pouvoir politique à la majorité pauvre
qui
y
trouve
les
outils pour lutter contre la minorité riche qu'elle hait.
Des exemples ? Le monde en est plein et mes séjours en Asie m'ont fait toucher
du doigt cette vérité. La minorité chinoise de la diaspora détient en Asie la
richesse et la capacité d'investir, dans tous les pays d'Asie, y compris l'Australie
en passant par la Thaïlande, la Birmanie, les Philippines etc. L'exemple donné
par Amy Chua est typique : 1% des philippins sont d'origine chinoise et détiennent
60% du secteur privé. La suite est claire : violences légales ou illégales, haines,
dénonciations etc., rendues d'autant plus faciles par la relative démocratie
qui règne maintenant dans ces pays et permet l'expression publique.
Et l'Asie n'a pas le monopole de cette situation. Au Rwanda, par exemple, la
minorité Tutsie (14% de la population) contrôlait la majorité Hutue sur le plan
économique (aristocratie des éleveurs). On connaît la suite. N'y avait-il pas
aussi une part de cette situation dans l'antisémitisme européen du 19 et 20 ème
siècle ?
Les solutions à ces déséquilibres ne sont ni évidentes ni simples à mettre en
oeuvre. Rôle accru d'états redistributeurs actifs ? Politiques de quotas ? Appuis
à l'émergence de classes moyennes ? (cf. les Nouvelles Politiques Economiques
de
certains
pays
et
dont
le
succès
, comme
la Malaisie, n'est pas négligeable).
Soyons en tous cas conscients de l'impasse que représentent les idéologies simples,
dont on sait bien néanmoins qu'elles renferment toujours une part de vérité,
comme capitalisme brutal et démocratie à tout va. Le rôle régulateur des états
n'a pas fini d'être utile.
Editions Doubleday
Books (décembre 2002) - 352 pages