François Cheng - Cinq méditations
sur la beauté
Date de la note : 25 mars 2008
FC a tenté, dans
cet essai, de cerner ce qui permet
à l'homme d'affirmer la beauté. Nul ne peut dire s'il a
réussi ou échoué ; mais sa contribution est passionnante
autant que parfois difficile d'accès.
Une remarque pour commencer : FC n'épuise pas le sujet, car
même si je suis sensible à la beauté, et souvent à
celle-là même que décrit FC, je partage rarement sa
position théorique. Il doit donc y avoir autre chose...
Cet essai ne se résume pas, mais il ne semble que
l'on peut constater que FC articule sa pensée autour de
certains pôles fédérateurs, que je tenterai de rapporter ici, sans
égard à l'ordre dans lequel ils apparaissent dans le livre.
- La beauté est objective et même si sa révélation
ne se fait qu'à travers l'échange, le commerce de l'homme et de la beauté, cette
beauté préexiste à cet
échange. Le monde des Idées de Platon, ou le néo-platonisme finaliste de Plotin
ne sont pas loin, ce qui montre d'ailleurs combien FC s'est éloigné de sa culture
chinoise d'origine et a épousé nos mythes.
- Un autre axe de réflexion est l'affirmation que la beauté ne se
révèle que dans un mouvement, dans une attente, un
désir. Ce mouvement conduit vers cette beauté supposée objective,
mais transcendante à notre existence et dont la
splendeur nous frappe. Mouvement compris
à l'intérieur d'une vie (d'expérience en expérience) mais
aussi inscrit dans une évolution plus vaste.
- Un troisième axe procède de la constatation que
cette transcendance (même s'il ne le dit jamais nettement) est, au fond,
la forme que peut prendre notre attende du divin.
Image voilée, lointaine d'une perfection qui
transparait parfois dans le regard en extase du
spectateur. Beauté, bonté, se rejoignent
là-bas où notre désir nous attire, c'est-à-dire en
Dieu.
- Dernier pôle, un peu paradoxal, qui apporte une heureuse réserve à
cette montée mystique vertigineuse, la référence au regard
chinois, pragmatique, et qui, au fond, rappelle que
la perception de beauté fait partie du monde, de son
souffle, de sa loi et est, comme toute chose, un
équilibre fragile et fugitif.
On a senti, je pense, ma réserve sur les
trois premiers points. C'est, pour moi, à un jeu subtil
avec les mots que se livre FC, mais dont la réalité m'échappe. Je
ne vois dans le mot de beauté qu'un accord, une
résonance fugitive entre mon éphémère personne et
un univers, non moins changeant, où je suis et dont je suis. Un mot
imprécis qui tente d'exprimer ce que recouvre un rapport personnel entre une
image, un son, un rythme et ma sensibilité, rien
de plus. Un accord parfois si fort que je le partage avec mes semblables. Accord
souvent faible, infiniment personnel. Je n'ai besoin ni d'un dieu, ni de son
paradis illusoire pour m'expliquer la beauté.
Il n'y a pour moi, derrière elle, aucune réalité extérieure objective. Elle n'est
qu'un simple accord passager dont la résonance s'éteint vite et dont,
il est vrai, la réalisation fugitive me donne le
désir d'en vivre une autre.
Je suis reconnaissant à FC, dont le livre "Le vide et le Plein"
a été pour moi une clé, de m'avoir donné
l'occasion de cette réflexion.
Albin Michel
(2006) - 165 pages