De Tchernobyl en Tchernobyls





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Georges Charpak, Richard L. Garwin, Venance Journé

De Tchernobyl en Tchernobyls


Date de la note : 4 février 2006

GC ouvre son livre en comparant la découverte du nucléaire à celle du feu dans l'histoire de l'humanité. Nous avons encore bien du mal à nous faire une opinion stable sur cette source d'énergie qui, malgré les espoirs qu'elle apporte souffre de vices graves : c'est aussi une arme redoutable et elle est à l'origine de déchets industriels embarrassants.

Ce livre à l'immense mérite de nous aider à ne pas rester idiots, au prix, il est vrai, d'un effort de lecture important.

Il commence par un rappel de physique : qu'est-ce que l'énergie, comment la mesure-t-on, que veut dire fission nucléaire et réaction en chaîne. Il montre aussi ce qu'est une arme nucléaire et ses conditions de fonctionnement.

Le chapitre 4 traite du sujet délicat de l'action des radiations sur la vie, sujet où n'importe quoi a souvent été dit.

Les chapitres 5 à 7. font un point très approfondi sur l'énergie nucléaire civile et ses perspectives, ce qui est l'occasion de faire aussi une synthèse sur tous les besoins et les ressources à notre portée. Et la partie consacrée aux déchets et leur traitement est remarquablement menée sur un sujet où notre maîtrise est encore imparfaite.

Les chapitres 8 et 9 traitent de tous les aspects militaires du nucléaire et proposent des axes d'action pour essayer de réduire les risques liés. Le traité de non-prolifération est bien entendu passé en revue.

Une conséquence de l'existence de matières fissiles abondantes et dispersées (armes plus ou moins mal stockées, déchets actifs, transport, retraitement etc.) est le risque de détournement à usage terroriste. C'est l'objet du chapitre 10 qui montre bien que les traités actuels et leur application n'apportent pas une vraie protection.

Le chapitre 11 est particulièrement intéressant, car il aborde la question de l'utilisation intelligente des scientifiques pour la prise de décision par les gouvernements dans ces questions où le savoir évolue encore vite.

Un chapitre de conclusion résume (est-ce possible ?) les points essentiels du livre.

Parmi ceux-ci, je propose d'en retenir quelques uns:

- 1 L'augmentation du C02 dans l'atmosphère devient une menace réelle.
- 2 Les énergies "renouvelables'' ne permettront pas de maintenir notre production d'énergie et encore moins de satisfaire la croissance de la demande (Asie en particulier !).
- 3 Il faut néanmoins travailler à fond sur le solaire et la biomasse qui peuvent devenir plus que des appoints.
- 4 Le recours au nucléaire est inévitable. Autant s'y préparer proprement.
- 5 Il ne faut pas oublier les invraisemblables stocks d'armes nucléaires résultant de la guerre froide et qu'il faudra retraiter.
- 6 Il reste encore beaucoup à faire pour mettre un frein, voire un terme aux armes nucléaires. Le traité interdisant aux pays de développer des armes n'était cohérent que parce que les détenteurs s'engageaient à y renoncer à terme. ils ne l'ont pas fait ! Et ne semblent pas s'y préparer....
- 7. La connaissance du risque des radiations sur la vie a fait des progrès. il n'y a pas de seuil d'innocuité. Les radiations s'ajoutent à la radioactivité naturelle ; leur effet est donc proportionnel, bien que cependant souvent exagéré.
- 8 Techniques disponibles :

- Fusion : recherches en cours qui peuvent échouer (ITER).
- Surgénérateur : C'est probablement une erreur de l'avoir arrêté, même si les disponibilités importantes d' uranium ne le rendent pas indispensable. Son avantage : utiliser mieux les ressources, diminuer (facteur 100 !) les radiations des déchets, utiliser les armes au rebut.
- Fission (eau) : c'est la filière actuelle, mais créatrice de déchets importants. Cette filière est maîtrisée ; cependant cette maîtrise à besoin de se traduire dans les faits mieux que ce n'est le cas aujourd'hui.

- 9. Les déchets. D'abord un point important : le retraitement à la française a probablement plus d'inconvénients que d'avantages. La concentration en site profond (retraité ou non) est la seule solution actuelle en l'absence de surgénérateurs et est en attente (100 ans, mille ans...) d'une solution plus efficace.
- 10. Les réserves d'uranium sont considérables, estimées à plus de 1000 ans des besoins d'électricité si on inclus les océans.
- 11. Le livre insiste sur la nécessaire "mutualisation'' mondiale à la fois de la gestion des ressourcer. mais aussi de celles des déchets... Il déplore les nationalismes, y compris ceux des détenteurs de l'arme, et la position ambiguë, souvent faible, qui en résulte pour les instances internationales de régulation. Les cas actuels de l'Iran, mais aussi Israël, l'Inde le Pakistan et la Corée du Nord qui tous pour des raisons diverses, ne jouent pas le jeu font peur. Faudra-t-il attendre la prochaine catastrophe pour se décider ?


Au total une synthèse difficile à lire, mais une référence, qui mérite l'effort.

Editions Odile Jacob (2005) - 570 pages