Carré
(Patrick) / Le palais des nuages
Date de la note : 22 août 2003
Il faut bien connaître l'histoire chinoise et les valeurs
de ce peuple pour écrire avec autant de brio un livre aussi riche et d'une écriture
aussi légère et agréable.
Une véritable réussite.
Il s'agit d'un roman historique dont le héros est le narrateur,
le dernier
empereur
chinois des "Songs du Nord" (XII siècle) exilé aux
confins de l'empire par les envahisseurs qui l'ont chassé. Il
faut aussi savoir que l'époque des "Songs
du
Nord"
a
été
celle d'admirables réussites en peinture, céramique, poésie et
calligraphie en particulier.
Un sommet
culturel de la Chine en quelque sorte lié à une prospérité considérable,
qui
devait
attirer
les
"barbares" du Nord. C'est ce que ce roman expose.
Cet empereur avait un rêve : faire de la Chine le royaume de la beauté ! Son
entourage profite de cette folie qu'il encourage pour piller l'empire à des fins
personnelles.
Le gâchis, la gabegie s'installent peu à peu sans que personne ne prenne la mesure
des menaces qui pèsent et qui vont se réaliser. Le sens de l'Etat se perd, les
caisses
se
vident et l'inéluctable se produit. Mais n'est ce pas le cycle régulier de l'histoire
chinoise qui se déroule là ?
On ne peut qu'être étonné par l'incroyable faiblesse de l'éducation de ce futur
empereur isolé dans sa "cité interdite" vivant une existence coupée du monde
mais aussi des simples réalités de la vie. Il sera obligé de faire
le mur pour découvrir furtivement qu'il existe autre chose que son nid. Ce sera
insuffisant pour qu'il acquière un savoir faire, ni même une conscience à la
mesure de ses responsabilités. Il sera particulièrement coupable des choix lamentables
de
ceux à
qui
il
confie les affaires
et qu'il élit pour avoir été des compagnons de débauche ou des pourvoyeurs
de
plaisirs, flattant ses illusions ruineuses. Personnage incompétent et odieux,
privé
de
jugement
ou
de
sentiments, idéologue ès idées folles ! Il conduit son peuple à la misère et
à
la
servitude.
La
fin
paisible
qui
lui
échoit
est
une
injustice de
plus dans
un destin
qui en était tissé.
Et pourtant, les réflexions qu'il fait sur le beau sont parfois des enchantements
pour l'esprit. A l'évidence, cela ne suffit pas pour faire un homme et encore
moins un empereur.
Ce
livre
vaut
aussi,
au
delà
de
la
fresque
historique,
par
les
multiples
fenêtres
qu'il
ouvre
sur
la culture chinoise, et en particulier sur le taoisme pour nous souvent fort
étrange
dans
ses principes.
Un livre à recommander chaudement à ceux qui s'interessent, même de loin, à cette
civilisation, la plus ancienne de notre planète.
Editions Phébus 2002