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Bernard du Boucheron - Court Serpent




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Bernard du Boucheron - Court Serpent

Date de la note : 18 janvier 2005
L'auteur règle des comptes.

Cette charge impitoyable vise d'abord l'espèce humaine dont, à croire BdB, la turpitude est insondable. Peut-être est-ce ainsi qu'il se voit lui même ? Il a sans doute tort ; nul ne saurait accumuler autant de vilenies sans que, de temps en temps, un peu de ciel bleu ne perce. Décrire des hommes les actes effroyables ne suffit pas à les peindre, sauf s'il s'agit d'un cri de haine. Ca y ressemble et relève d'une passion nihiliste qu'il me sera permis de ne pas partager.

Cette charge vise aussi le sinistre comportement d'une église fanatique, à une époque (le 14 ème siècle) où elle décidait souverainement du juste et du bien, soumise à la divine ignorance de la révélation. Cette peinture d'un monde, que connaissent certains de nos contemporains bourrés d'islam explosif, n'est probablement pas éloignée de la réalité, même si la totale absence d'humanité dont elle fait preuve la charge un peu trop. "Ce n'étaient pas là nos chrétiens et nous les tuâmes de quelques flèches bien ajustées" dit notre évêque lorsqu'il rencontre pour la première fois des hommes qui ne le menaçaient pas au cours de son périple en terre lointaine. Il n'en reste pas moins que ce récit montre avec talent et souvent avec humour ("La lumière de la vérité divine suppléait heureusement à celle du jour..") à quelle intolérance et à quelle inhumanité conduisent la confiance aveugle à une foi sans contrôle et à ses fausses vérités, soient-elles "chrétiennes".

En revanche, et en dépit d'un style que l'on peut aimer, la volonté de l'auteur d'en rajouter couche sur couche, de faire plus noir que noir l'entraîne peu à peu au fond du puits de merde qu'il ne quitte jamais des yeux dans sa fascination de l'abject. Amusant un instant, sans plus ; il n'y a d'ailleurs que 133 pages. Bravo ! Un prix de l'Académie française ? Mon cul, dirait Zazie.
Editions Gallimard (2004) - 133 pages