Elie Barnavi - Les religions meurtrières





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Elie Barnavi - Les religions meurtrières

 


Date de la note : 12 décembre 2006

Cet essai passionnant tente de nous aider à faire progresser notre compréhension du monde, et de nous rendre lucides sur trois plans :
- notre conception occidentale de la religion est minoritaire.
- l'islamisme révolutionnaire est un totalitarisme.
- nous devons nous préparer à nous défendre nos valeurs, et en particulier la laïcité.

1 - L'Occident distingue le spirituel et le temporel. C'est ce qu'on appelle "laïcité'', là où la loi est écrite par le peuple et ne découle pas (ou plus) d'un livre divin. L'état y est fort et tient en respect les tentations fondamentalistes qui rôdent toujours au coeur des religions révélées et peuvent avoir la tentation de prendre le pouvoir. La France, par ses lois qui ont seulement 100 ans, a même organisé le divorce religion / état. La religion totalitaire communiste après celle de la "race" d'Hitler, par exemple, a failli détruire cet équilibre, qui a été rétabli dans le sang et non par un illusoire "dialogue des civilisations". Mais l'Occident ne représente plus aujourd'hui qu'une part très minoritaire de la population du monde. Sa civilisation a cessé d'être le modèle unique.

2 - Dans le monde qui fait peur aujourd'hui, une certaine lecture fondamentaliste et révolutionnaire de l'islam est impliquée dans la plupart des conflits.
Pourquoi ce conflit ? Qu'est-ce qui caractérise cette évolution du monde musulman ?

- La loi est dans le livre et non dans le peuple. Le respect de ce dogme prive le peuple de toute souveraineté.
- Les Etats musulmans sont souvent despotiques, mais toujours faibles devant le livre. Ils ne sont pas non plus souverains, si le signe du souverain est d'écrire la loi.
- Le monde musulman subit un échec économique. L'aide aux hommes qui souffrent ne vient pas d'un Etat trop faible, mais d'un corps religieux qui assure cette fonction de redistribution.
- Il vit aussi un échec culturel, qui n'est pas récent. Rien de ce qui structure le monde moderne n'en provient. Comme le dit EB, "
Averroès aura eu davantage d'influence à l' Université de Paris que dans le monde arabo-musulman". Il y règne une absence de curiosité pathologique.

J'ajouterais que les échecs des nationalismes arabes ont probablement donné le coup de grâce à l'ouverture au monde moderne. Car ils en étaient une, qui s'est hélas souvent fourvoyée dans l'idéologie. Le fondamentalisme qui provient de ce terreau essaie d'offrir au monde musulman une consolation, un sens, ce que
al-Qaida incarne dans une vision messianique d'un Califat mondial. Et, aujourd'hui, ce n'est pas la forte interrogation de l'Occident sur ses valeurs et son sentiment rampant de culpabilité, qui lui permettront de gagner la bataille des coeurs.

3 - Alors, cet Occident où va-t-il et que doit-il faire ?

- Il doit d'abord prendre au sérieux les déclarations des meneurs islamistes, mieux qu'il ne l'a fait avec Mein Kampf ou Lénine.
- Il doit reconnaître le caractère criminel de ce nouveau totalitarisme et le proclamer. Au moment où Salman Rushdie recevait ses menaces de mort, Jacques Chirac l'aurait traité de "fumiste" ... La tolérance, après l'agression, doit cesser.
- Il doit être craint. Israël serait-il encore là s'il ne l'était pas ? L'Occident recule toujours devant la force, craintif devant son opinion publique (zéro mort !), divisé sur les solutions à adopter.
- Il doit donc se regrouper autour de ses valeurs de base et montrer qu'il y a des choses auxquelles on ne touche pas.
- Il doit prendre en mains, la France et l'Angleterre en particulier, l'intégration des immigrés dans la république. C'est aujourd'hui un échec. La République dit EB, doit "exiger qu'on embrasse son éthique'' et pas seulement ses lois. On en est loin.
- Il doit cesser d'espérer un dialogue des civilisations réduit au monologue, car l'autre partie n'en veut pas.
- Il doit enfin faire taire ses complexes et cesser de ressasser ses erreurs du passé et concentrer ses efforts sur l'avenir.

En un mot, l'Occident doit se battre pour ce qu'il estime fondamental, avec les armes de la République. Sinon, et la montée des extrêmes est un signe, ce sont de nouveaux fascismes qui feront le travail.

Un livre lucide, mais sombre au regard de l'irénisme ambiant.

 

Fiche lecteur

Editions Flammarion, Café Voltaire (2006) - 140 pages