Jacques
Attali - La Confrérie des Éveillés
Date de la note : janvier 2005
Dans la ligne d'un certain "code" au succès foudroyant, ce
roman nous laisse penser qu'a existé, qu'existe peut être encore, une secte mystérieuse,
aussi secrète que possible, et qui détient depuis 2000 ans le secret de la réconciliation
entre la foi et la raison. Alors, que ne le montre-t-elle ce secret pacificateur
? C'est que nous ne sommes pas prêts, parait-il. Argument désespéré pour une
humanité qui a déjà plusieurs millions d'années d'âge. On reviendra dans deux
ou trois millions d'années. Ou plus, si pas d'affinité.
Cet aimable canular aurait-il été mal écrit, je serais parti en courant. Mais
JA
est un maître. Car au fond, mystification un peu courte à part, c'est à penser
autour de
cette réconciliation de la foi et de la raison qu'il nous convie. Mais c'est
surtout une invitation à fréquenter Averroès (voir son livre : Discours
décisif)
et
Maïmonide
dans
leur
jus. Son savoir, sa documentation, son sens du texte font le reste et, quoique
l'on
pense
du fond, on sort ravi de cette lecture.
L'action
se passe au 12 ème siècle dans le monde musulman d'alors, puissant
mais en voie
de déclin, perdant peu à peu sa tolérance et conduisant à l'exil
ou à la mort
ses grands hommes, comme le fera l'Europe du 20 ème siècle, d'ailleurs.
Bien
entendu cette réconciliation foi / raison, parfaitement utopique, n'aura
pas
lieu
et
n'aura, à mon avis, jamais lieu. Dialectique parfois utile, peut-être,
fusion
syncrétique
non. Concilier la sécurité du dogme et la force de la révélation
avec la sueur, l'incertitude et la responsabilité crue qu'entraîne
l'usage
de la
raison
?
On
peut
rêver.
Et bien, non. Nos braves Éveillés ont piégé Aristote
en le déguisant en r-gourou
(r- pour "raison", voyons !).
L'église chrétienne médiévale avait aussi joué à ce
jeu là, sans succès. Ici,
notre r-gourou aura été jusqu'à pondre un "super-book",
une sorte de bible/coran,
qui "révèle" la voie. Pas de chance, il est perdu ; les Éveillés
n'ont pas très
bien fait leur boulot. Cette incursion de la révélation dans le
domaine de
la philosophie ne convainc guère. Le livre finit d'ailleurs en queue de
poisson.
Il n'en reste pas moins que si je ne mords pas au fond (vous l'aviez peut-être
compris ?) je reviens grâce à JA d'un merveilleux voyage avec des
philosophes
pré humanistes respectables et dont l'audace de pensée m'aide à garder
l'espoir au
milieu des
fondamentalismes que j'ai vécus au XX ème siècle et qui,
sous d'autres atours,
vivent encore avec succès. C'est déjà pas mal, non ?
Editions fayard (2004) - 320 pages