Daniel Arasse - Histoires de peintures
Date de la note : 28 septembre 2007
Personne ne m'a, comme DA, donné l'impression de m'aider à porter sur
la
peinture
un
regard
riche d'autant de compréhension. Illusion ? Il est vrai que, souvent,
une
fois
le
livre
fermé,
cette communion avec l'oeuvre perd un peu son intensité. Mais compréhension
toujours,
car
DA parle à
la tête plutôt qu'au coeur. Et si le coeur se met à l'unisson,
tant mieux.
En effet, jamais DA ne cherche à suciter une émotion qui ne serait
pas fondée
sur une intelligence du tableau analysé. Tout pathos est ici hors de propos
jusqu'à ce que l'intimité de l'examen attentif et bienveillant
de l'oeuvre fasse,
éventuellement, naître un sentiment, une émotion que l'on
pourrait qualifier
de 'construite'. Elitisme certes, mais récompense méritée
d'un effort de lecture ouvert. Refus
de l'instinct, de l'immédiat. Nietzsche n'aurait pas aimé ...
DA ne propose pas une méthode d'accès à l'oeuvre qu'il suffirait d'appliquer.
Au contraire, c'est un plaidoyer, avec preuves à l'appui, des vertus de la curiosité,
associée certes à la culture (savoir) mais aussi à une certaine forme d'innocence,
ouverte à des approches non classiques des oeuvres. Trouver le sens de la perspective,
par exemple, dans des 'Annonciations' est inattendu.
Il se livre aussi à des considérations pleines de pertinence sur
l'oeuvre et
son rapport à celui qui la regarde. L'articulation des temps, tels que
DA la
propose en parlant souvent d'un inévitable anachronisme souvent fécond,
est
en
soi
un
véritable
sujet
de thèse
!
Un livre pas toujours facile à lire, mais à relire, qui récompense
ceux
qui
aiment
une
culture de l'intelligence.
Editions Folio essais 469 - 360 pages