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Michel Angot - L'Inde




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Michel Angot - L'Inde
livres-et-lectures.net - Date de la note : 4 mars 2013

L'Inde qui nous séduits, nous attire même, que nous aimons souvent, a-t-elle une unité, une réalité profonde, éternelle ? C'est à cette question que MA répond ici, et sa réponse érudite et circonstanciée montre que nous avions beaucoup à apprendre !

D'ailleurs, si vous parcourez l'Inde du Sud, vous constaterez vite l'incroyable diversité du pays que masque (un peu !) l'apparente unité du Nord, unité qui a façonné notre image de l'Inde. Un foisonnement de langues qui ne se comprennent pas entre elles, des environnements différents, des architectures originales, des moeurs locales propres, bref une mosaïque de communautés que la colonisation britannique a superficiellement unifiées pour la première fois. Le Nord avait, lui, été conquis dès le 12e s. et jusqu'au I8e s. par les musulmans turcs (sultanat de Delhi, puis Moghols), ce qui avait contribué à émousser les différences.

MA va, dans ce livre, nous faire parcourir l'histoire longue et complexe de ces peuples, en remontant à la civilisation de l'Indus (-2500, -1800) et en parcourant toutes les étapes conduisant à l'Inde actuelle.

Ce cheminement, en compagnie de MA et de son extraordinaire érudition sera l'occasion de démonter ce que MA qualifie d'instrumentalisation politique de l'histoire indienne, instrumentalisation qui a façonné notre vision actuelle de l'Inde. Bien des idées sur l'Inde ne résistent pas à cet épluchage attentif.

Non, l'Inde n'est pas née indo-européenne. Elle l'est devenue vers -500 et d'ailleurs, sans invasion.
Non, l'Inde n'a jamais été un empire, mais une mosaïque de royaumes dont certains (Mauryas, Kouchans, Gupta, Harsha, Pallava, Chola...) ont eu parfois des extensions assez larges, toujours au Nord. Au Sud, mentionnons le royaume de Vijayanagar qui résistera jusqu'au 16e s.
Non, la tendance pacifiste magnifiée par Gandhi n'est pas majoritairement représentative de la société indienne, etc.

Qu'est-elle alors, cette société et qu'est vraiment ce système de castes qui horrifie tant nos âmes sensibles, mais impérialistes et persuadées de l'universalité de notre perception du bien ? Elle est quelque chose de très intriqué entre la civilisation brahmanique, certes hiérarchisée en classe (varna), mais où les castes (jati) n'étaient jamais mentionnées et l'influence musulmane. Sans pour autant que des sociétés distinctes soient nées avant la mainmise anglaise. La vision du 19e s. nous aveugle.

L'ouvrage traite aussi des religions (il y en a tant !), profondément imbriquées (quelles différences profondes entre brahmanisme et bouddhisme, par exemple ?) et que, pour des raisons politiques, les Anglais ont contribué à séparer, trier, isoler. MA voit aujourd'hui l'hindouisme fanatique et nationaliste comme un des grands dangers de l'Inde, ainsi que Nehru l'avait perçu.

Ce danger n'est pas le seul à peser sur l'avenir du pays. MA cite, entre autres, les multiples forces centrifuges s'opposant à l'unité de l'Inde, le partage mal abouti avec le Pakistan et les nombreux problèmes créés par l'exposition de cette société à l'ouverture internationale.

Peut-être aurait-il pu aussi insister un peu mieux sur les ressources humaines dont l'Inde fait preuve depuis quelques décennies devant cette ouverture. L'espoir et le dynamisme habitent aujourd'hui l'Inde, même si un long chemin reste encore à parcourir.

Un livre intelligent et riche sur une des premières civilisations de notre planète.

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PUF (2012) - 468 pages