Claude
Allègre - Quand on sait tout, on ne prévoit rien.
...et
quand on ne sait rien, on prévoit tout
Date de la note : 14 février 2005
Il faut absolument lire ce livre et méditer son contenu. Il
aborde, avec la verve habituelle de CA, des sujets qui font mal, ou qui, plutôt
sont des révélateurs de ce que nous sommes en train de vivre.
Les sujets ? Les OGM, les cellules souches, les menaces climatiques et telluriques,
l'amiante etc. Non qu'il propose des solutions clé en mains ; il s'en défend
d'ailleurs. Mais il ouvre à chaque fois des pistes qui toutes relèvent d'un point
de vue sur le monde pour lequel j'ai le plus grand respect.
- trop d'ignorants ont trop de pouvoir. Ne sachant rien, ou presque (cf. la non
culture scientifique de Chirac
) tout leur fait peur. D'où les absurdités comme le "principe de précaution"
qui ne veut ni ne peut rien dire ou faire.
- les politiques sont obnubilés par leur réélection à court terme. Ils gèrent
mais ne dirigent plus. Terminée l'époque ou l'on pouvait lancer Ariane, les
chemins de fer à grande vitesse, le développement d'un savoir-faire nucléaire
civil et
militaire, Airbus ; tout cela a 40 ans et vit sur sa lancée. La preuve ? Tous
les sujets qui sont apparus ultérieurement, à portée économique considérable,
tournant
autour
de
la
biologie et de l'informatique nous ont échappé. Nous, c'est la France mais c'est
aussi l'Europe.
- la démagogie triomphe partout en Europe, conséquence de la brièveté des fonctions
électives. Alors tant pis : les étudiants sont dans la rue ? Annulons vite les
réformes projetées. Les chercheurs ont des objections ? Aménageons le statu quo.
Les syndicats font du bruit ? Donnons-leur satisfaction, sans se demander ce
qu'ils
représentent vraiment. Conséquence facile à comprendre : rien ne se fait ici.
En Chine, en Corée, aux USA, on bouge , on plie les structures à la réalité,
on
fait
de
la recherche. Nous, nous nous préoccupons des "avantages acquis".
- les médias ont un sale rôle, même les moins idéologiques. Ils résonnent à des
absurdités (la mémoire de l'eau, p. e.) relaient n'importe quoi pourvu que ça
fasse du bruit sans démentir quand la vérité est avérée. Ils contribuent ainsi
à créer
la
peur
chez
ceux
(ils
sont
nombreux
et c'est normal) qui ne savent pas, au lieu de faire un travail de recherche
de
vérité. Alors, des voyous menteurs et profiteurs comme notre Bové national (celui
qui détruit les plantes OGM en cours de recherche pour lutter contre la mucovicidose)
sont glorifiés comme des révolutionnaires, alors que leurs propos mensongers
devraient être redressés par ces médias.
- Et lorsqu'on sait quelque chose (que les recettes actuelles des retraites ne
couvrent plus les pensions versées, p. e.) on ne fait rien, puisque c'est à long
terme
et que
les électeurs jugent sur le court terme. Vingt ans de régime de gauche à éviter
la réalité, à corriger les folies distributrices du début, à légiférer dans
l'inutile par idéologie (les 35 heures), ça ne surprend pas. Mais quand la "droite"
qui succède ne fait à peu près rien non plus sur les grands problèmes (éducation,
santé, emploi, fiscalité etc.) cela montre que c'est notre fonctionnement qui
est
en cause et non seulement les hommes. Si
elle
continue
à
fonctionner
ainsi,
notre "démocratie" va dans un mur.
Constat accablant ? Un peu. Le livre de N. Baverez,
"La France qui tombe", soulevait
déjà les mêmes questions. Faisons confiance aux français : ils ne supporteront
pas toujours cette veulerie, ni les conséquences déjà visibles sur leur porte
monnaie. Il y a fort à parier qu'ils en sortiront encore une fois par un coup
d'éclat explosif, alors qu'un autre chemin était possible. On ne fait, hélas,
pas
des chiens avec des chats.
Editions Fayard (2004) - 215 pages