Claude Allègre - Ma vérité sur la
planète
Date de la note : 7 juin 2007
Au milieu d' imprécations dogmatiques aux intentions douteuses, il est
apaisant
de
lire
une réflexion qui fait encore appel au doute, l'ingrédient le plus
précieux du
progrès humain. Un doute méthodique et positif, car il offre une
clé pour agir
et des propositions de programmes de recherche et développement précis,
où la
France et l'Europe ont des atouts considérables.
Ne cherchons pas trop à résumer un livre riche et dense, sans difficulté de lecture
particulière. Quelques idées me semblent cependant mériter d'être mentionnées,
au
milieu
de bien d'autres.
- Les grandes inquiétudes actuelles (le réchauffement de la planète
surtout) sont
faciles à exploiter et ne manquent pas de l'être par les Hulots
en mal de reconnaissance
et de pouvoir, mais ce ne sont pas les grandes priorités. CA mentionne
d'abord
l'eau et les déchets urbains. Moins simple, moins noble et moins susceptible
d'inquiéter le bon peuple.
- De plus, le rôle des activités humaines dans le réchauffement, s'il est probablement
réel mais très partiel, est loin d'être clair. Les mesures réclamées peuvent
même être contre productives et mobiliser des ressources considérables qui seraient
mieux utilisées ailleurs.
Kyoto est l'exemple à ne pas suivre : ruineux et inefficace. Merci à ceux qui
s'y opposent : la majorité de la planète, sauf nous.
- Une vision très répandue de l'écologie est répressive
: des lois, des quotas,
des interdictions. L'expérience n'est pas encourageante ; il est peu probable
que l'homme accepte cette voie sans se rebeller s'il ne la juge pas absolument
inévitable. Or malgré les cris des dogmatiques, nous n'en sommes
pas là. CA propose une écologie "réparatrice" en remplacement de l'écologie
"punitive" style Club de Rome, actuellement chevauchée par les grands tragiques
de l'écolo
et
notre brave Union Européenne qui, en mal de réalisations utiles, tombe dans le
panneau. C'est sans doute ce que ce livre propose de plus intéressant : cela
consiste par exemple à piéger le CO², comme l'a fait la nature, plutôt qu'en
interdire la production avec toutes les conséquences négatives que cela aurait
sur
l'économie
et
l'emploi, en particulier pour les pays en développement.
- On oublie souvent le rôle considérable et positif que l'économie peut jouer
dans ces actions "réparatrices". Des industries entières doivent prendre en main
les
problèmes
et les régler : pots catalytiques, épuration des eaux, traitements des déchets
industriels, voitures hybrides etc.
- CA met enfin en garde contre la dérive sectaire de l'écologie : des dogmes
sans preuve (le CO² va réchauffer l'atmosphère, les OGM sont un danger, etc.)
mais faciles à exploiter pour créer des peurs et des places confortables dans
le fromage politique. Tout cela sur un air de prêche apocalyptique qui fait de
ces nouveaux prophètes les héros du jour, exploitant le vieux complexe de culpabilité
qui
traîne en nous. D'où les invitations à la contrition, à la précaution, à l'économie,
en un mot à la réaction la plus réactionnaire. Ces sectes sont dangereuses, car
elles retrouvent les accents d'une époque que l'on espérait dépassée : retour
à la terre, culte du passé, haine du savoir, rejet du progrès et
de l'expérimentation, censure etc.
Ces prophètes, parfois de bonne foi, sont souvent des ignorants dangereux doués
d'une grande gueule.
Ils peuvent être des criminels quand, comme Bovet, ils détruisent des années
de
travail,
par
exemple
sur des médicaments, tout en
sachant
(et
en
le
reconnaissant
dans des cercles limités) qu'ils ont tort.
Il semble que tout cela a du mal à faire son chemin en face de la puissance dont
disposent, en particulier avec les médias, les grand clowns de l'écolo. On ne
peut que pleurer de voir les candidats à l'élection présidentielle baiser la
bague de l'archevêque Hulot. Le refus de la modernité a trouvé là un moyen de
s'exprimer. Encore une fois ce n'est pas nous, qui bénéficions de cette modernité,
qui
serons
lésés,
mais ceux qui viendront après nous.
Merci à CA de rappeler ces vérités, comme l'avait déjà fait en son temps B Lomborg
avec
son livre "L'écologiste sceptique".
Editions Plon Fayard (2007) - 237 pages