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Adler (Alexandre) / j'ai vu finir le monde ancien.

 

Date de la note : 15 juin 2002

Pour aller vite à l'essentiel, il me semble que la lecture de ce livre devrait être rendue obligatoire dans les chaumières, car il nous donne quelques clés inédites de de la stratégie politique des forces en présence sur l'échiquier mondial. La presse accumule des faits que nous recevons sans grille d'interprétation, et, avouons-le, sans grande culture stratégique du monde, particulièrement de l'Islam et du Moyen-Orient. AA tente ici de nous apporter quelques bases d'interprétation des événements du monde actuel, avec son talent, sa mémoire époustouflante et sa grande connaissance de l'histoire. Ainsi, peu à peu les faits se relient, parfois s'expliquent. Que cela ne suffise pas à prévoir l'avenir est une évidence, si tant est que prévoir, ici, a un sens autre que prendre ses rêves pour la réalité. Et combien différents et conflictuels sont nos rêves...

Que nous dit-il, pour l'essentiel, aussi difficile que soit le résumé d'un livre si dense ?
- la nature des guerres a changé : sans cesse contenues par la dissuasion nucléaire à l'époque de la guerre froide, elles ne trouvent pas leur épuisement "naturel", deviennent larvées, sporadiques, interminables et ne trouvent pas leur issue négociée classique. La dissuasion ne marche plus (voir le 11 septembre 2001) et les USA semblent avoir pris conscience que dans certains cas extrêmes, il faut laisser les conflits aller à leur terme en mettant en oeuvre tous les moyens, y compris le nucléaire limité. Ce serait par exemple le cas si Oussama Ben Laden (OBL) contrôlait le Pakistan. Musharraf l'a compris aussi, d'ailleurs.
- dans cette nouvelle perspective, les USA choisiront un nombre limité de conflits vitaux pour leurs intérêts qu'ils traiteront jusqu'à leur terme.
- deux couples clés de la stratégie politique des dernières années sont en désintégration : France-Allemagne et Angleterre-USA.
- les USA sont en phase de contraction politique internationale : l'Europe, l'Asie (dont la Corée, la Chine et le Japon) doivent trouver leurs solutions propres.
- l'expansion chinoise est et sera importante sans représenter une menace pour la paix du monde. Japon et Chine doivent trouver un équilibre local et préciser leur zone d'influence. Au passage, attention à un Japon qui reste très dépendant de ses approvisionnements énergétiques arabes et entend les protéger.
- en revanche, les politiques "arabes" de la France et de l'Angleterre sont en voie de disparition car leur exercice est devenu trop périlleux.
- mais surtout ce livre apporte un extraordinaire éclairage sur l'Islam (chapitre 2) et sur les politiques possibles des mondes arabes ou se référant à l'Islam, dont celle de OBL (chapitre 3). C'est le point culminant du livre. Pour faire vite et simplement donner envie de lire soulignons que "l'Islam est une cité sainte avant d'être une inspiration", c'est à dire qu'elle doit être réalisée ici et maintenant. C'est ce qu'avait réalisé le califat dans un tout autre contexte, avant la décadence du XI ème siècle. Et c'est ce que cherche aujourd'hui à reconstruire OBL. La paix dans sa cité, la guerre sainte en dehors. Folie réactionnaire ? Sans doute, mais l'analyse des atouts stratégiques d'OBL à laquelle procède AA fait frémir, même s'il reste en fin de compte optimiste en fonction des autres tendances et des autres forces agissantes qu'il perçoit, comme celles que représentent aujourd'hui le prince Abdallâh d'Arabie Saoudite ou la Turquie, entre autres.

Pardon, je me répète : lisez ce livre de toute urgence !

 

Éditions Grasset 2002